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Karine Pelade - un portrait 

Par Sunayana Panda

     Ceux qui ont vécu à Pondichéry pendant plusieurs décennies ont parfois le sentiment que la ville perd son caractère français. Il est vrai que depuis que ce territoire a rejoint la République indienne, on assiste à une indianisation progressive de nombreux aspects de sa vie. On ne voit plus de panneaux en français et l’on n’entend plus les intonations de cette langue aux coins des rues. Il se produit pourtant, sans que l’on s’en aperçoive, un renouveau de la culture française, particulièrement de sa langue, qui effectue un retour à Pondichéry.

Les français qui venaient y vivre après 1954 étaient rattachés à l’une des institutions françaises telles que le Consulat, le Lycée, l’Institut français ou d’autres organisations de ce type, ou bien lorsque ce n’était pas pour des raisons professionnelles, c’était pour intégrer l’ashram de Sri Aurobindo ou Auroville. Mais on voit maintenant de plus en plus de jeunes français des deux sexes venir tout simplement parce qu’ils aiment y vivre, sans connexion directe avec des institutions officielles françaises ni avec l’ashram. La plupart dirigent une entreprise et répondent ainsi aux besoins non seulement du grand nombre de touristes français mais aussi de riches indiens à la recherche du « french touch ».  Leur présence a ramené la langue et le mode de vie français à Pondichéry. 

Parmi eux, Karine Pelade, qui dirige une galerie d’art rue du Bazar Saint Laurent, à quelque pas de la route de la plage. Son histoire n’est pas ordinaire et montre comment un endroit peut attirer des gens et comment les destins s’accomplissent. Avocate pendant treize ans à Paris, par quels chemins se retrouve-t-elle à vendre des peintures à Pondichéry ?

Depuis son enfance, le nom de cette ville évoque pour elle l’image d’une terre exotique et elle a toujours nourri le souhait d’y venir. En 2009 son rêve se réalise lorsqu’elle vient participer à un atelier de danse à Auroville. Elle cherche déjà à donner corps aux activités artistiques et créatives pour lesquelles elle éprouve une inclination naturelle. Elle passe une semaine à Auroville, mais aussi quelques jours, avant et après, à Pondichéry dont elle apprécie l’ambiance calme d’une ville posée sur les rivages de la mer. Il y a quelque chose dans l’air, un certain charme, une spiritualité, qui l’attirent. En fait, elle sent chez elle.

Pendant six ans elle y vient annuellement y goûter des moments de qualité, un mois, trois mois, pour réfléchir et écrire, parfois assise dans une église, parfois marchant dans les rues ombragées de la Ville Blanche. Finalement elle saute le pas et s’installe à Pondichéry pour y ouvrir une galerie d’art. Ce n’est pas pour satisfaire une lubie : Karine est étroitement liée à l’art, sa mère est une artiste et professeure d’art. « J’ai grandi dans les odeurs de peintures et d’huile de lin » nous dit-elle. Elle a de nombreux amis artistes et les expositions comme les discussions sur l’art ont toujours fait partie de sa vie. Elle a aussi suivi des cours de peinture pendant trois ans. A cela s’ajoute un goût pour l’écriture, qui l’ont amenée à écrire des nouvelles.

Sa galerie est l’une des rares en Inde qui ne fait pas payer les artistes pour l’exposition de leurs œuvres. « Je prends un pourcentage sur la vente, ainsi les artistes ne sont pas de leur poche s’ils ne vendent pas. Mais cela signifie que je dois faire l’effort de m’assurer que les peintures soient vendues et que je puisse gagner ma vie ».

Des professionnels lui avaient affirmé que Pondichéry n’était pas une ville où les gens investissent dans l’art, même si beaucoup en sont amateurs. Karine a donc eu besoin de mobiliser tous ses talents pour contacter une vaste palette d’artistes, indiens ou étrangers, afin de créer une clientèle de base. Elle n’a pas trouvé difficile de créer une entreprise en Inde, bien que les procédures administratives aient été fastidieuses et chronophages.

« C’est le mélange de deux cultures, tamoule et française, que j’ai trouvé le plus intéressant ici. A bien des égards, cela me rappelle la Louisiane où j’ai passé quelques temps quand j’étudiais le droit » nous dit-elle. Elle a toujours été fascinée par l’identité nouvelle qui se forme à la confluence de deux ou plusieurs cultures, comme la culture créole. En plus de cet assemblage de plusieurs modes de vie, il y a aussi l’atmosphère spirituelle subtilement présente à Pondichéry, qui lui apporte une satisfaction profonde.

Pour Karine, la langue et la culture françaises sont bien vivantes à Pondichéry. Elle y a trouvé nombre d’amis qui sont soit des expatriés, soit des Français d’origine indienne de retour dans leur ville après plusieurs années passées en France.

Curieusement, beaucoup de jeunes hommes et femmes du nord de l’Inde venus à Pondichéry pour apprendre le français à l’Alliance Française, passent parfois à sa galerie simplement pour le plaisir d’une conversation en français. Ils prévoient de travailler dans l’industrie du tourisme, dans le Rajasthan ou à Delhi, mais ils souhaitent aussi perfectionner leur maitrise de la langue pour leur propre développement personnel.

Les jeunes Français dynamiques comme Karine, ceux qui ont choisi de vivre ici par amour des qualités propres à la vie à Pondichéry, recréent un milieu français et ramènent les intonations musicales de la langue de Molière.

© La Nouvelle Revue de l'Inde, 2016

 


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