Notre équipeContactBONUS





 

ACCUEILDernier numéroAnciens numérosActualitéForumLiensPartenaires

Interview du Docteur Nallam

Par Tiana Ranovona

Le Docteur Nallam Venkataramayya, originaire de Yanaon, est le fils d’un chirurgien des hôpitaux de Pondichéry. Il est le propriétaire d’une des plus importantes cliniques privées de la région, mais est surtout une des plus importantes figures indiennes francophiles avec une grande connaissance historique des Etablissements français à Pondichéry ; il fut président de l’Alliance française de 2009 à 2011 et président de la Société Historique de Pondichéry.
   Il partage ici avec nous son observation personnelle de l’amitié France Inde à Pondichéry.

     LRI : Pouvez vous nous décrire la communauté française aujourd’hui à Pondichéry ?

 DN : Il faut différencier les français installés à Pondichéry  en 2 groupes. Tout d’abord les expatriés français, puis ceux que l’on appelle les franco-pondichériens qui sont indiens d’origine.

Concernant les expatriés, il y a également une distinction que je tiens à faire entre ceux qui sont installés à Pondichéry et Auroville depuis plus de 20 ans, et puis les nouveaux arrivants. Parce que leurs motivations et leur niveau d’intégration dans la culture indienne n’est définitivement pas le même.

Dans les années 70 il y avait des voyageurs venus à Pondichéry pour découvrir l’Inde, sa culture, l’héritage laissé par la Mère et Sri Aurobindo. Des personnes désireuses de vivre en harmonie les uns avec les autres dans une cité internationale. Certains sont tombés amoureux de ce qu’ils ont découvert, parfois même des femmes indiennes et se sont installés. Ce groupe entretient jusqu’à nos jours l’amitié Franco indienne plus que les franco-pondichériens, familles ayant obtenues la nationalité française « par accident » en 1963 suite au traité d’option quand le choix a été donné aux populations des comptoirs de devenir citoyens français.

Plus récemment, il y a un groupe à la recherche d’un peu de répit par rapport au rythme effréné de l’Occident.  Ils se retrouvent à Pondichéry un peu par hasard ils sont là provisoirement, comme les chercheurs rattachés à l’IFP et les enseignants du Lycée Français. Beaucoup restent entre eux et entretiennent peu de relation avec la communauté indienne.

Puis comme partout, il y a ceux qui font du commerce pour qui l’intérêt de se retrouver à Pondichéry ou Auroville est économique.

Mais il y a également un groupe qui est apparu tout récemment et prend de plus en plus d’ampleur : ces hommes d’une soixantaine d’années qui viennent pour abuser de la misère dans le pays mais surtout des jeunes filles indiennes issues de familles pauvres.

LRI : Selon vous, ces communautés françaises ont elles l’amitié franco indienne à cœur ?

DN : Il y a de moins en moins de brassage culturel à Pondichérry. Je le dis parce que j’ai moi même étudié tout d’abord dans à l’école des sœurs catholiques française de Cluny, puis au Collège français et enfin au Collège indien ; depuis 15 à 20 ans les groupes ont tendances à s’isoler les uns par rapport aux autres. Il y a de moins en moins d’échange entre les cultures françaises et indiennes, entre les familles des expatriés et les familles indiennes, même pour ceux travaillant dans les mêmes institutions.

LRI : Pourquoi ne vouliez vous pas opter pour la nationalité française ?

DN : Né dans l’Etat de l’Andhra Pradesh, j’ai eu la possibilité d’opter pour la nationalité française plus tardivement mais je ne l’ai pas fait et ne le regrette pas. Personnellement, je pense que l’on peut aimer la France tout en restant indien. Dans ma situation, docteur ayant une très bonne carrière, je suis très bien dans ma peau ici à Pondichéry. Je suis chez moi. En France j’ai toujours sur moi ma pièce d’identité, et pas en Inde.

J’ai eu une expérience en France avec un ami universitaire, où nous étions arrêtés par la police à cause de notre couleur comme des malfaiteurs. J’ai un très mauvais souvenir de cette expérience.  J’ai ressenti que ma couleur, ne fera jamais de moi un français.

LRI : Que pensez vous de l’effort de la France pour la francophonie en Inde ?

DN : J’ai été président de l’Alliance Française pendant 2 ans et demie à partir de 1999. A l’époque les bâtiments étaient dans un très mauvais état et les caisses étaient vides. J’ai donc organisé une levée de fond pour aider à la rénovation et Francis Wacziarg était parmi les premiers à m’avoir donner un coup de main. . J’ai récolté 25 lakhs pour la rénovation de la maison Colombani.

L’ambassade n’a pas voulu m’aider de suite, me conseillant de confier les chantiers à l’INTACH. Il y a même eu des procèscontre le gouvernement indien pour la propriété de la maison Beloch. Procès que l’Alliance a remporté grâce à mon entêtement et celui du bureau de l’époque.Voici une partie de mon travail pour la francophonie et je n’ai pas eu le sentiment d’avoir été soutenu par la France.

L’Alliance Française, qui est l’un des plus important établissement de promotion de la francophonie a lui aussi tendance à se perdre. Elle oublie sa mission qui est l’enseignement du français et a tendance à privilégier la Culture. Je n’ai absolument rien contre la promotion de la Culture qui satisfait plus la petite communauté d’expatriés mais pour moi l’Alliance française c’était d’abord pour les indiens une opportunité d’apprendre la langue française.

LRI : Que pensez vous du Lycée français de Pondichéry ? Forme-t-il des jeunes indiens qui comme vous auront comme a cœur de valoriser la France et l’Inde ?

DN : Il y a eu une époque où les professeurs du Lycée Français étaient d’illustres personnages tels l’historien Jacques Dupuis. Beaucoup faisaient partie de jury d’agrégation. Aujourd’hui, les choses sont différentes, les enseignants ont une formation différente avec la réforme.

Et pourtant, contrairement à mon époque où on ne payait pas, les frais de scolarité sont très élevés, ils ne sont pas du tout adaptés aux revenus des indiens.

C’est pourquoi une fois de plus je pense que la France doit faire plus d’effort pour entretenir la francophonie à travers ses agences de promotion de la langue française et de la culture française à travers l’Inde.

Il faut que la France arrête d’utiliser les excuses budgétaires.

LRI : Pensez vous que la francophonie a été aidé par l’ashram et par Auroville ?

DN : Non je ne pense pas que les efforts faits par la Mère pour l’enseignement obligatoire de la langue française dans les petites classes de l’école de l’ashram soient suffisants. Surtout aujourd’hui où je constate que de moins en moins d’enseignants maîtrisent la langue française.

La chose que l’on ignore, c’est que dans les écoles indiennes de Pondichéry, la langue française est la seconde langue enseignée après le Tamoul. Dans le baccalauréat indien, le français est une des matières obligatoire. D’ailleurs régulièrement, j’aide mes petits enfants à faire leurs devoirs de français.

Au ministère de l’éducation de l’Etat de Pondichéry il y a un département spécial pour l’enseignement de la langue française qui est rattaché au ministère de l’éducation nationale français. Ces dernières années cette section est moins active pour des raisons de restrictions budgétaires.

LRI : La France fait elle des efforts suffisants pour supporter la recherche et la coopération avec les universités indiennes ?

DN : Il y a eu en matière de recherche de grandes opportunités loupées par la France avec son départ en 1956. C’est le cas du collège d’étude médicale fondée en 1953, devenu le Collège médical en 1956. Le projet était de fondé un collège bilingue  avec des enseignements en Français et en anglais.  La France devait initialement envoyer 2 à 3 enseignants. Le projet a été abandonné une fois de plus par absence de budget.

Je reçois dans ma clinique entre 40 et 60 étudiants stagiaires français par an. Et pour cela, je fais des accords directement avec les universités.

Dans l’autre sens, il y a très peu d’étudiants indiens qui vont en France, et l’ambassadeur m’en parle régulièrement.

Il faut savoir que même si l’enseignement français est très enrichissant, il y a un gros problème d’équivalence des diplômes entre les deux pays. De plus, en terme d’accueil la France a beaucoup de mal a assuré. Ce qui n’est pas le cas des Etats Unis, du Royaume Uni et de l’Australie, qui offrent beaucoup de facilités mais également d’opportunités aux jeunes indiens diplômés.

Il y a toujours eu très peu de bourses d’études françaises octroyées aux étudiants indiens. Aujourd’hui, certains enseignants ont droit à un renforcement de capacités que l’on appelle du recyclage. Pour la médecine, il y en a de moins en moins. En 1974, j’ai obtenu l’unique bourse pour la filière de médecine pour une année de recherche en cancérologie. C’est cette année là que je suis allé en France pour la première fois et j’y suis resté 10 mois. Dans le foyer nous étions 250 stagiaires. Pour vous illustrer l’intérêt de la France pour l’Asie, à cette époque, nous étions : un Indien, un Pakistanais et un Vietnamien. Et 150 stagiaires d’origine africaine.

La France a été très peu intéressée par l’Inde peut être parce que la population y est anglophone. J’en ai eu personnellement la preuve en 1991, j’étais en France et le pays accueillait le premier ministre Indien de l’époque avec une délégation de 200 personnes. Cette visite a été en 3ème page du Monde, 3 jours après son arrivée sur quelques lignes seulement. La presse estimait que la Guerre de Serbie méritait plus les3 premières pages.

Aujourd’hui, les erreurs doivent être corrigé.

© La Nouvelle Revue de l'Inde, 2014

 


Le site de La Nouvelle Revue de l'Inde est une création Scarabée