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Interview de Sabine Thirel et Darshan Fernando
Propos recueillis par Philippe Pratx
pour La Nouvelle Revue de l'Inde et Indes réunionnaises

     Jaya, engagée indienne, est le premier album de bande dessinée consacrée au thème de l'engagisme indien à l'île de la Réunion dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ses auteurs, la scénariste Sabine Thirel et le dessinateur Darshan Fernando nous en disent davantage...


Image : © Miralles, Ruiz & 12bis, 2011

  • IR/LNRI : Sabine Thirel et Darshan Fernando, pourriez-vous tout d'abord vous présenter à nos visiteurs ?

ST. : Je suis passionnée d’histoire et de patrimoine de l’Océan Indien et en particulier de La Réunion, titulaire d’une licence ès Sciences de l’Education, Conseillère principale d’éducation à la retraite et mère de trois enfants.
DF : Je suis un jeune auteur lyonnais, dessinant principalement pour le cinéma d'animation, le fanzinat  ou l'illustration.

  • IR/LNRI : Sabine Thirel, vous n'en êtes pas à votre première publication : qu'avez-vous publié avant Jaya ?

ST : En effet, je suis auteure de deux romans Cadet de Famille et Noir Café parus en 2005 et 2008, et aussi, scénariste de la BD Long Ben en deux Tomes (Long Ben - Cap au Sud et Long Ben - Ile Bourbon) sortis en 2009 et 2011 chez Orphie Editions.

  • IR/LNRI : Qu'est-ce qui vous a poussés à aborder le sujet de l'Engagisme indien à la Réunion ?

ST : Mes précédents livres traitaient : pour le premier, d’une enfance créole dans les années 1960 dans une cour d’usine sucrière, le second de la vie dans une habitation pendant l’esclavage, et, le troisième (en deux tomes) de piraterie et du peuplement de l’île. Lors de mes précédentes recherches, j’ai remarqué que la présence de l’Inde était réelle dans notre île et cela depuis le début du peuplement par l’arrivée d’Indo-Portugaises. La Réunion n’était-elle pas sur la route des Indes ? Je me suis rapprochée de Michèle Marimoutou qui a beaucoup travaillé sur le Lazaret et l’Engagisme, qui m’a fait visiter le Lazaret de la Grande Chaloupe que je ne connaissais pas comme beaucoup de Réunionnais. C’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic.

  • IR/LNRI : Avez-vous eu à l'esprit un certain type de public en créant Jaya ?

ST : Non. J’avais juste envie de partager cette part d’histoire que je venais de découvrir. Je pense que l’histoire de Jaya, et à travers elle celle de l’Engagisme, peut intéresser tous types de public.  

  • IR/LNRI : D'après ce que vous disiez, ce sujet ne vous était pas vraiment familier... comment alors avez-vous procédé ?

ST : Ce sujet ne m’était pas familier du tout. J’ai dû effectuer de nombreuses recherches, lire et me documenter, consulter des archives et des travaux de chercheurs sur le sujet. Une longue bibliographie, non exhaustive d’ailleurs, figure à la fin de la BD.
DF : Sabine m'a fourni énormément de documentation afin de retranscrire au mieux le bateaux et les paysages de la Réunion.

  • IR/LNRI : Pouvez-vous dire en quelques mots les grandes lignes du scénario pour en donner un aperçu significatif à nos visiteurs ?

ST : Le scénario se découpe en trois parties : la première se passe sur le bateau qui part de Karikal pour La Réunion avec à son bord plus de cent cinquanet engagés indiens ; la deuxième se déroule au Lazaret de la Grande Chaloupe et enfin la troisième partie dans l’habitation qui finalement accueille Jaya.

  • IR/LNRI : Peut-on dire que Jaya est, entre autres, une BD d'aventures ?

ST : Jaya, engagée indienne est pour ainsi dire une BD à référence historique. Darshan et moi avons pris quelques libertés pour être plus près du contexte actuel du Lazaret pour que le lecteur puisse se situer. Mais elle peut aussi être considérée comme une BD d’aventures puisque le lecteur peut faire abstraction du contexte historique et ne prêter attention qu’à l’histoire de Jaya en elle-même. 
DF :  Oui, tout à fait. Une bande dessinée d'aventures à référence historique.
 


© Thirel, Fernando, Des Bulles dans l'Océan, 2011

  • IR/LNRI : Pourquoi le choix de cette jeune héroïne, Jaya ? S'agit-il d'entrainer l'adhésion à un personnage fragile (mais pas seulement) et sympathique, ou bien de proposer un personnage résumant à lui seul l'aventure humaine de tous les engagés... ?

ST : Le personnage de Jaya s’est imposé à moi. Je ne pense pas que qu’il résume à lui seul l’aventure humaine des Engagés. Nous n’avons pas voulu faire pleurer dans les chaumières non plus et garder une certaine distance avec l’Histoire tout en la racontant.
   Bien entendu, l’histoire de Jaya reste dérisoire dans la grande histoire de l’Engagisme où plus de cent mille Indiens ont traversé l’Océan Indien pour venir cultiver la canne à sucre à la place des esclaves libérés, et cela dans des conditions particulièrement difficiles.

  • IR/LNRI : Darshan Fernando, vous signez ici votre premier album, pouvez-vous nous donner des détails sur votre technique de travail et sur votre collaboration avec le coloriste François-Marc Baillet ?

DF : Je travaille d'abord le découpage au crayon, que je reprends ensuite à la table lumineuse directement à l'encre de Chine, la plupart du temps.
   Les délais de réalisation étant très courts nous avons fait appel à mon ami François-Marc Baillet, avec qui j'ai l'habitude de collaborer, pour la couleur.

  • IR/LNRI : Sur le plan esthétique, avez-vous adapté votre dessin au sujet abordé, ou bien s'agit-il d'un style personnel susceptible de se retrouver dans de futurs albums sur d'autres thèmes ?

DF : J'ai adapté mon dessin au projet dans le sens où j'ai cherché à le rendre plus accessible, notamment avec des personnages aux proportions plus réalistes.


© Thirel, Fernando, Des Bulles dans l'Océan, 2011

  • IR/LNRI : Votre album se veut-il aussi un témoignage sur un épisode méconnu de l'histoire ? Un hommage peut-être, avec une part didactique comme tend à le confirmer la présence d'un lexique ?

ST : C’est cela. Cet album est un plongeon dans un pan de l’histoire souvent méconnue par la population de l’île. Refaire vivre, même si nous n’y étions pas, un lieu qui a connu des drames et des mystères est un chalenge. A part quelques travaux d’universitaires et d’associations, ce Lazaret a été oublié pendant près d’un siècle et avec lui toute l’histoire des Engagés indiens, rodriguais, seychellois ou chinois. Oubli volontaire ou pas, personne ne le sait. Jaya, engagée indienne n’a pas la prétention d’apporter toutes les réponses au sujet de l’Engagisme mais il peut être un élément déclencheur, une porte ouverte vers des questionnements sur l’histoire des Engagés mais aussi sur l’histoire de la Réunion et de son peuplement. Il peut en effet être un hommage à tous les hommes et femmes que le destin a poussés de gré ou de force à venir s’installer sur ce grain de sable au milieu de l’Océan Indien.

  • IR/LNRI : Jaya aura-t-il une suite ? Et quels sont vos autres projets ?

DF : Plein de projets de bandes dessinées dans les cartons, mais rien de concret pour l'instant !
ST. : La démarche était de refaire le trajet des Engagés depuis l’Inde jusqu’à la plantation en passant par le Lazaret. Jaya est arrivée à destination comme des milliers d’Indiens l’ont fait avant elle et se sont perdus dans l’anonymat. Aussi, aucune suite à Jaya n’est prévue pour l’instant.
   En ce qui concerne mes projets, plusieurs idées sont à l’étude. Bien entendu, elles font référence à l’histoire, à un lieu ou à un personnage emblématique de La Réunion, mais rien n’est arrêté pour l’instant.

© La Revue de l'Inde 2012

 


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