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Interview de Zazie Hayoun
Propos recueillis par Philippe Pratx
pour La Nouvelle Revue de l'Inde et Indes réunionnaises

        Il existe en Inde une très ancienne tradition de marionnettes, perpétuée dans diverses régions par des artistes appartenant à des castes spécialisées. Toute personne qui a voyagé dans le Rajasthan n'a pas manqué de remarquer la présence de ces petites créatures de bois et d'étoffe sur les murs des bazars... Zazie Hayoun, séduite depuis longtemps par cet art indien du spectacle de marionnettes, met en scène un voyage pour petits et grand au théâtre du Grand Parquet à Paris...
 

  • IR/LNRI : Zazie Hayoun, pourriez- vous commencer par vous présenter à nos visiteurs ?

ZH : Quand j avais neuf ans, j ai rencontré une comédienne, Léone Veron, qui m’a initiée au théâtre. Ce fut le tournant de ma vie. Je me suis rendu compte que tout en étant moi-même je pouvais changer de Moi.  J’ai quand même passé mon bac, et le lendemain j’ai pris un taxi et je suis allée à la télévision pensant qu’on me donnerait  tout de suite un rôle. Evidement, ils n’avaient pas besoin de moi… mais j’ai trouvé d’autres compagnies de théâtre qui m’ont embauchée.

  • IR/LNRI : Peut-on dire que vous êtes passionnée de culture indienne ?

ZH : Passionnée oui, mais ce que j’aime surtout en Inde c’est la rue, le bazar, les petits métiers et c’est pour ça que j’ai créé toute cette première partie dans mon spectacle. Je suis passionnée par ces cireurs de chaussures, les repasseurs, les barbiers des rues, les marchands de bétel, tout ce qui crée l’animation dans les rues, les rickshaws.

  • IR/LNRI : Qu’est ce qui vous a attirée, dans les spectacles de marionnettes du Rajasthan ?

ZH : Leur beauté, je les trouve brillantes.

  • IR/LNRI : Historiquement, les spectacles de marionnettes en Inde ont connu une lente mais sûre descente depuis les cours royales jusqu’à de modestes spectacles populaires… Cet art est-il toujours vivace en Inde, ou bien se trouve-t-il en danger de disparition ?

ZH : Il me semble que depuis le travail que je fais en Inde, c'est-à-dire depuis vingt ans, cette tradition renaît.

IR/LNRI : Pouvez-vous nous dire comment a été conçu le spectacle présenté au grand Parquet ?

ZH : Oh lala ! C’est une longue histoire… il y a une vingtaine d’années, je me baladais dans le bazar d’Udaipur et puis, je voyais par-ci par-là des marionnettes pendant aux devantures des échoppes. J’ai eu envie de voir des spectacles avec ces marionnettes, je n’en ai pas trouvé…
   Alors, j’ai eu l’idée de monter mon propre spectacle. Je me suis fait aider pour trouver les marionnettistes qui les manipulaient au Rajasthan. Tous les artistes que je rencontrais rêvaient de venir en France mais ils ne se rendaient pas compte du travail que j’allais leur demander. Ils s’attendaient à ce que je les prenne pour faire leurs petites "démos" et qu' ensuite ils allaient vendre leurs « puppets ».  Alors ça ne s’est pas bien passé parce qu’en plus, j’ai voulu ajouter une danseuse au spectacle : ce qui signifiait qu’ils devaient  partager avec elle les acclamations du public.
   Et puis, un marionnettiste pour manipuler ne me suffisait pas pour faire ce que je voulais. En Inde, les marionnettistes forment une caste soudée mais qui se tire dans les pattes !!
   Quand  ils étaient à deux derrière le castelet  à manipuler, c’était la haine : chacun se cachait de l’autre pour qu’il ne voit pas son travail…, mais ça c’était il y a longtemps.
   Dans le spectacle actuel, il n’y a que Vijay qui fait partie de la caste des Bhatts (celle des marionnettistes), Ishwar est marionnettiste de vocation et surtout, il est extraordinaire pour recréer les ambiances de bazar avec la voix, et j’ai dû moi aussi me mettre au boulot pour manipuler : on n’est jamais mieux servi que par soi même.
   Ensuite, toutes mes marionnettes ont été construites par les marionnettistes indiens mais c’est moi qui les ai conçues, puis  je les ai fait habiller par un tailleur indien.

  • IR/LNRI : Sans déflorer l’intérêt du spectacle, qu’est-ce que le spectateur peut voir et entendre au cours de celui-ci ?

ZH : Le public me dit qu’il part en voyage, bien sûr en Inde.

  • IR/LNRI : Qu’apporte la présence de la danse ?

ZH : La danseuse fait le lien entre le public et les marionnettes.

  • IR/LNRI : Pouvez-vous nous parler des artistes que vous dirigez pour ce spectacle ?

ZH : Au début, à chaque fois que l’on se retrouve,  ils me regardent avec rage parce qu’il faut répéter ! Et là je me sens très seule. Et puis, on a une représentation, il y a les applaudissements, le succès et là, ils comprennent et ils sont d’accord pour répéter de nouveau,  si ont met une pause tchai (thé) toute les 20 minutes. Ils sont géniaux.
   Et j’ai un attachement particulier pour tous, même s’ils vendent encore leurs marionnettes après le spectacle, ce que je déteste !

  • IR/LNRI : Ce spectacle est-il destiné à un public essentiellement enfantin ?

ZH : Non ! C’est vraiment pour les adultes et aussi pour  les enfants :  c’est un divertissement qui s’adresse à tout le monde.

  • IR/LNRI : Avez-vous d’autres projets touchant aux marionnettes indiennes, ou à d’autres aspects de la culture indienne ?

ZH : J’ai monté un spectacle qui s’appelle Il était trois fois avec un décor animé en 2D et un autre encore avec une danseuse Odissi (danse classique indienne) et du théâtre d’ombre.
  J’aimerais bien faire un spectacle sur le spectacle en Inde.

© La Revue de l'Inde 2012

 


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