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Interview de Vengada Soupraya Nayagar
Propos recueillis par Philippe Pratx
pour La Nouvelle Revue de l'Inde et Indes réunionnaises

      Vengada Soupraya Nayagar est professeur de français à Pondichéry. Avec l'écrivain Nagarathinam Krisha il est cofondateur du blog Chassé-croisé : France-Inde. Il nous parle ici de ce beau projet, mais aussi de ses travaux de traducteur et de sa méthode d'apprentissage de la langue tamoule pour francophones.

  • IR/LNRI : Vengada Soupraya Nayagar, voudriez-vous tout d'abord vous présenter à nos lecteurs ?

VSN : J’enseigne la littérature française et francophone dans un institut d'études supérieures à Pondichéry, ma ville natale. Je m’intéresse également à la traduction des textes littéraires du français en tamoul, ma langue maternelle.

  •  IR/LNRI : Vous avez, avec Nagarathinam Krishna, créé un blog intitulé Chassé-croisé : France-Inde : comment ce projet est-il né et quels sont les objectifs du blog ?

VSN : Mon ami M. Nagarathinam Krishna, écrivain tamoul dont les livres ont été couronnés de prix littéraires, écrit régulièrement dans les blogs littéraires tamouls. Cette expérience l'aurait incité à se lancer dans cette entreprise. En fait, c’est lui qui a proposé cette idée de créer un blog littéraire. Comme vous pouvez le trouver dans l’accueil de notre blog, il s’agit de promouvoir la littérature franco-tamoule. Surtout, notre blog s’assigne la mission de présenter les écrits tamouls au public français et francophone. 

  • IR/LNRI : Outre la littérature, quels sont les aspects culturels indiens que vous souhaiteriez promouvoir ?

VSN : Pour l’instant, nous comptons publier des traductions des textes littéraires tamouls tels que des nouvelles, des poèmes, des pièces de théâtre. Dans l’avenir, nous espérons présenter les divers aspects culturels de l’Inde – les fêtes, la musique, les coutumes…

  • IR/LNRI : Dans votre démarche de promotion de la culture indienne, n'êtes-vous pas tentés tous deux, de par vos origines, de privilégier la culture tamoule ?

VSN : Oui, bien-sûr. La raison en est simple : on parle davantage de ce dont on est fier et sûr.

  • IR/LNRI : Vous vivez à Pondichéry, ancien comptoir français, et lieu emblématique des échanges culturels franco-indiens : quelle est actuellement la vitalité de ces échanges ?

VSN : Il existe des échanges culturels mais il faut les encourager davantage pour que cette vitalité se renforce.

  • IR/LNRI : Vous êtes visiblement attiré, à titre personnel, par la culture française : qu'appréciez-vous particulièrement en elle ?

VSN : La France est toujours appréciée pour son art de vivre et sa culture.

  • IR/LNRI : Vous enseignez-vous-même la littérature française à Pondichéry : comment le public indien reçoit-il et perçoit-il cette littérature ?

VSN : Le public est essentiellement indien. Donc, mes élèves ont leur façon de recevoir, comprendre et apprécier les écrits littéraires français par le biais de leur propre culture.

  • IR/LNRI : Pouvez-vous nous parler de ce livre qu'est le Kourounthogai et de la traduction que vous en avez faite ?

VSN : Le Kourounthogai  est une anthologie de 402 poèmes de l’ancienne littérature tamoule qu’on appelle couramment la littérature du Sangam. Le Sangam remonte aux origines de la littérature tamoule,  au début de notre ère. Cette œuvre doit son nom (kuṟu – bref, tokai – recueil) à la brièveté des vers : les poèmes sont composés de quatre à huit vers. Parmi les  poètes, 205 sont connus, d’autres sont restés anonymes. Onze femmes poètes ont contribué à cette anthologie où tous les aspects de l’amour sont représentés. Le sol est divisé en cinq régions symboliques qui représentent des cadres poétiques. Ces poèmes sont des monologues dramatiques. Alors le colophon, mis au début de chaque poème, sert à présenter le thème ou le contexte du poème. La parole est prêtée aux différents personnages tels que le héros, l’héroïne, l’amie ou la confidente de l’héroïne, la duègne, la courtisane, un des passants.
   Voici un de textes :
 Poème 2
Situation poétique - tiṇai : Région montagneuse - kuṟiñci
Le héros, après son union prédestinée avec l’héroïne, s'adresse à l’abeille :
"Ô abeille aux ailes cachées,
tu es à la recherche du miel.
Dis-moi la vérité,
sans chercher à me plaire.
Parmi toutes les  fleurs que tu connais,
en existe-t-il une dont le parfum surpasse
la douce senteur de la chevelure
de ma bien-aimée à l’allure de paonne,
aux dents serrées semblables à des perles
et au cœur brûlant d’un amour éternel pour moi?
                                               - Iṟaiyaṉār  
   Note : D’après une légende, le roi Pāṇṭiya de Madurai se demandait si, par nature, la chevelure de la femme avait un doux parfum. La cour de poètes se réunit et personne n’arrivait à résoudre cette énigme. Alors, le dieu Siva composa ce poème et envoya son émissaire Tarumi. Nakkīrar, poète chevronné, n’accepta pas le message de ce poème. Le dieu lui-même se manifesta et dans sa colère ouvrit son œil frontal et brûla Nakkīrar.

   Il s’agit d’un projet de traduction que j’ai fait pour l’Institut central de tamoul classique de l’Inde. Cet institut s’occupe de le publier. Cette traduction est destinée aux lecteurs francophones qui manifestent un intérêt et une curiosité de bon aloi envers l’ancienne littérature tamoule.
   Je souhaite que cette traduction suscite l’intérêt des lecteurs qui veulent élargir leur connaissance littéraire au-delà de leur propre pays. Elle leur permettra d’avoir un aperçu général des aspects culturels de l’ancien pays tamoul
.
   Ici, je tiens à remercier mes professeurs Dr. R. Kichenamourty, Dr. Lourdes Tirouvanziam, Mme Sylvie Lange, qui ont énormément contribué à la réalisation de ce travail. Mes remerciements vont également à mes amis MM. Robert Alexis, Prof. Lenin Tangappa, A. Pasoupati, A. Mani, Mu. Ilangovan qui m 'ont soutenu tout au long de ce travail.

  • IR/LNRI : Et qu'en est-il de la méthode d'apprentissage du tamoul, que vous avez conçue ? A quel niveau d'apprentissage correspond-elle et quels sont, selon vous, ses atouts, comparativement à d'autres méthodes ?

VSN : C’est une méthode tamoule destinée au public français et francophone qui voudrait s’exprimer en tamoul. Elle vise surtout les touristes et les vrais débutants. Cette méthode accompagnée d’un CD audio permettra aux Français qui voudraient apprendre le tamoul parlé de le faire sans passer par l’écrit.

  • IR/LNRI : Au-delà de votre blog, menez-vous aussi d'autres actions afin de promouvoir la culture indienne dans le monde francophone ?

VSN : Nous envisageons de créer une maison d'édition pour poursuivre l'action en faveur des échanges culturels.

  • IR/LNRI : Et quels sont vos projets ?

VSN : Publier les textes de notre blog, visiter les sites culturels de l’Inde et des quartiers francophones. Je crois que le feedback positif est un impératif pour la réussite et la réalisation de nos projets. Donc, nous espérons qu'un soutien comme le vôtre pourrait motiver à progresser et prolonger nos objectifs.  

© La Revue de l'Inde et Indes réunionnaises 2012

 


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