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Entretien avec Sonia Barbry, Consule de France à Mumbai

Par Justine Braive

     LNRI : Vous nouez une relation forte avec l’Inde : stage à 18 ans à Chennai, deux années à Varanasi et quatre années à Delhi. Vous travaillez ensuite en Israël mais décidez de revenir en Inde. Qu’est-ce qui vous a amenée à découvrir ce pays la première fois et à y revenir ?

Sonia Barbry : Je n’ai jamais vraiment quitté l’Inde. J’ai découvert ce pays au travers de mes lectures à l’adolescence. Le week-end, j’adorais aller sur les petits marchés acheter de l’encens, des meubles ou des produits indiens et je savais que j’irais en Inde dès que j’en aurais l’occasion. 
  
Lorsque j’étais étudiante à Sciences Po à Paris, j’ai commencé à chercher un stage d’été en Inde. Au même moment, mon père a été nommé Consul Général de France à Pondichéry. Je suis donc partie faire un stage – passionnant - de 3 mois à l’UNICEF à Madras où j’étais chargée de faire le point sur toutes les organisations travaillant avec les enfants des rues. A l’issue des trois mois, j’ai commencé à voyager dans le sud de l’Inde. 
   Lorsque j’ai atterri en Inde pour la première fois, j’ai eu une expérience très forte. Vous savez, ces quelques instants
dans la vie où l’on sent que l’on est exactement au bon endroit au bon moment. J’ai eu le sentiment d’être parfaitement dans mon axe et que j’étais exactement où je devais être. 
  
Ces six mois ont été fabuleux. Un coup de foudre, une révélation. Lors de ma deuxième année à Sciences Po, je suis donc retournée dans le sud de l’Inde. La culture indienne me fascinait. Plus j’en découvrais, plus j’avais l’impression que ma passion s’intensifiait. C’est une culture complexe, totalisante, qui imprègne toutes les sphères de la vie et où tout est lié : la danse, la musique, la philosophie, la cosmologie, l’ayurveda…
   Une fois mon diplôme en poche, j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour comprendre véritablement cette culture de l’intérieur. J’ai cherché un endroit où je pourrais apprendre la danse, la musique, le Hindi. J’ai choisi Bénarès, puisque c’est la capitale religieuse et spirituelle de l’Inde et c’est aussi la capitale des arts. Je me suis inscrite à l’université de Bénarès en bharatanatyam [danse classique originaire du Tamil Nadu, NDLR] et j’ai pris des cours de dhruphad [chant traditionnel indien, NDLR]. J’étais passionnée de sitar et de sarod mais comme je n’arrivais pas à me décider entre les deux, j’ai choisi le chant. J’ai également pris des cours de yoga, de Hindi et aidé un ami médecin indien à créer une clinique de rue pour les lépreux ainsi qu’une école de rue à Bénarès. 

LNRI : Vous êtes restée deux années à Bénarès, votre projet d’année sabbatique a donc évolué ?

Sonia Barbry : Comme j’adorais Bénarès et tout ce que j’y faisais, j’ai souhaité y rester plus longtemps. J’ai trouvé un moyen d’y rester en obtenant une bourse Lavoisier pour enseigner le français à l’Université de Bénarès. Ainsi, j’ai pu continuer à apprendre la danse, la musique, le Hindi, le yoga et poursuivre les projets de développement avec le médecin indien. A la fin de cette année à Bénarès, j’ai passé plusieurs mois dans l’Himalaya pour approfondir le yoga et la méditation.
   Ensuite, je suis rentrée en France où je me suis inscrite à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) où j’ai obtenu une licence de Hindi et de civilisation indienne, que j’ai complétée avec des cours à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et à l’Ecole Pratique des Hautes Études (EPHE) afin de continuer mon apprentissage des civilisations de l’Asie du Sud. Pendant les vacances, j’essayais chaque fois de revenir en Inde.
   Après ces trois années à l’Inalco, j’avais toujours cette passion de l’Inde. Deux possibilités s’offraient à moi :
soit je retournais à Bénarès où j’avais trouvé un travail temporaire, soit je tentais le concours d’Orient du ministère des Affaires étrangères. Je n’avais que quelques mois pour le préparer et que je savais qu’il n’y avait qu’une ou deux places par an pour l’Asie. J’ai décidé de préparer ce concours avec toute l’énergie, la sincérité et la détermination possible afin de ne pas avoir de regret si je ne l’avais pas, et pouvoir retourner à Bénarès l’esprit libre. Mais j’ai été reçue au concours. C’était un grand succès, même si je savais que cela signifiait que je devrais travailler plusieurs années à Paris, au Ministère, avant d’espérer pouvoir retourner en Inde. Pendant trois ans j’ai été chargée, au Ministère à Paris, des relations diplomatiques de la France avec le Pakistan, Sri Lanka et les Maldives. Ce poste m’a permis de mieux comprendre la région, et surtout d’apprendre mon métier. Et à la fin de ces trois années j’ai été nommée en Inde et suis donc partie à l’Ambassade de France à Delhi, où je suis restée quatre ans. 

LNRI : Après Bénarès, Delhi a dû vous sembler très différente ?

Sonia Barbry : La vie à Delhi était évidemment très différente de celle que j’avais connue à Bénarès ou dans le sud de l’Inde. A l’époque, à Bénarès, il n’y avait pas internet, pas de télévision câblée, les voyages se faisaient en train et il y avait très peu de touristes étrangers ou indiens. Delhi, en tant que conseillère politique à l’Ambassade, était une toute autre expérience. C’était l’Inde politique, des parlementaires, des intellectuels. Ce n’était plus l’Inde des pandits, ou de  l’art classique… Mais c’était également fascinant d’être aux premières loges pour voir cette Inde ultra dynamique qui émergeait, qui avait soif de croissance et d’ouverture sur le monde. 

LNRI : Y a-t-il une facette de l’Inde que vous appréciez le plus ?

Sonia Barbry : J’ai adoré mes années à Bénarès, qui m’ont profondément touchée. L’Inde de Delhi était intéressante d’un point de vue sociologique. C’est aussi ce que j’aime en Inde : cette diversité extraordinaire et le fait que coexistent le XVIIIe et le XXIe siècle.
   Je me souviens qu’au moment de l’ouverture du métro à Delhi, on voyait parfois à la station de la gare centrale des agriculteurs pieds nus avec des ballots de paille, tout juste descendus du train qui les avait amenés de leurs villages. Ils étaient interloqués par les escalators du métro, ne sachant comment les utiliser car ils n’en avaient jamais pris. C’est la cohabitation de toutes ces Indes qui est extraordinaire.

LNRI : 22 ans après votre première expérience à Chennai, quelle place l’Inde occupe-t-elle dans votre vie ? 

Sonia Barbry : Aujourd’hui, l’Inde fait vraiment partie de qui je suis, de mes fondations. Même si demain je quitte l’Inde, je sais qu’elle sera toujours en moi. Elle fait partie de ma structuration intellectuelle, mentale et psychologique. 
   Après Delhi, je suis partie comme diplomate en Israël pendant 4 ans. Après 15 ans en Inde, j’avais envie de découvrir et me confronter à autre chose. J’ai adoré mes années à Tel Aviv. Après 4 années, je suis ensuite revenue à Paris en tant que sous-directrice pour l’Asie méridionale pour m’occuper des relations politiques et diplomatiques de la France avec l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde, le Bangladesh, le Népal, le Sri Lanka et les Maldives et préparer les visites de haut niveau. Compte tenu de l’importance de nos relations politiques bilatérales, la majeure partie de mon temps était consacrée à l’Inde. 

LNRI : Vous n’avez donc jamais vraiment quitté l’Inde.

Sonia Barbry : Non, car même lorsque j’étais à Tel Aviv, je suis revenue en Inde en vacances.

LNRI : En septembre dernier, vous prenez vos fonctions de Consule générale de France à Bombay. Qu’avez-vous ressenti ? 

Sonia Barbry : Une immense joie et une grande fierté. Le premier jour de ma prise de fonction au Consulat, j’ai réuni toute l’équipe et je leur ai décrit le bonheur pour moi de revenir en Inde et particulièrement à Bombay, cette ville fascinante que je connaissais très mal, et la fierté d’y être la première femme à ce poste, alors même nous avons eu des Consuls généraux de France à Bombay depuis 1865.

LNRI : Après trois mois, quelles sont vos impressions de la ville ? 

Sonia Barbry : C’est une ville bouillonnante au rythme effréné. Ce dynamisme me frappe.
   C’est aussi une ville très ouverte et tolérante. Bombay ayant toujours été un port, il y a eu, depuis très longtemps de nombreux apports culturels et l’on sent que les gens sont curieux des autres cultures. Les habitants de Bombay nous ressemblent beaucoup, tout en étant ancrés dans leur tradition. Ils ont soif de culture et de divertissement. A Bombay, il y a beaucoup de cinémas bien sûr, mais également des théâtres, des salles de concert et d’opéra. 
   Mais c’est aussi une ville particulièrement dense et terriblement congestionnée. On peut passer, chaque jour, des heures dans les embouteillages.

LNRI : Quels atouts a Bombay par rapport à Delhi, ville où vous avez vécu quatre années ? 

Sonia Barbry : A Bombay, il y a une énergie de business et d'entrepreneuriat que l’on sent moins à Delhi. Beaucoup de personnes sont là pour faire des affaires, réussir, se faire une place au soleil et s’élever dans l’échelle sociale. Donc les gens sont pragmatiques et n’aiment pas perdre leur temps.
   A Delhi, on a l’impression que les choses sont plus figées entre ceux qui sont favorisés et ceux qui ne le sont pas.

LNRI : Avez-vous déjà vos endroits « coup de cœur » ? 

Sonia Barbry : Je suis encore nouvelle dans cette ville et j’adore découvrir des lieux nouveaux. Je n’ai pas encore vraiment trouvé d’endroit pour me ressourcer même si j’adore Colaba où l’on peut se promener à pied et où l’on se retrouve transporté dans le passé. J’y retrouve un peu de cette Inde de Bénarès avec ses petites ruelles et ses vendeurs de livres dans la rue, une Inde moins industrielle et plus traditionnelle. 
   J’aime également beaucoup Ballard Estate. Il y a quelque chose d’intemporel et on a l’impression que le temps s’y est arrêté. Il y a beaucoup moins de voitures, surtout le week-end. On y entend les oiseaux, et à chaque coin de rue, on peut voir ces banians qui font pousser leurs racines à l’extérieur et investissent l’espace urbain. 

LNRI : Lors de votre première allocution en tant que Consule générale de France à Bombay, vous vous êtes exprimée en Hindi. Dans quelle mesure la maîtrise de cette langue est un atout ?

Sonia Barbry : C’est un atout immense. Parler et comprendre le Hindi a changé ma vie en Inde et ma relation avec les Indiens. Cela m’a permis, en passant des heures dans le train - parfois quarante heures d’affilée – d’entendre les Indiens parler, rire, de comprendre leur façon de penser, leur humour.
   Au-delà de la maîtrise de la langue, les Indiens que je rencontre sont souvent très touchés par mon intérêt et ma connaissance de leur culture, leur histoire, et leur pays. 
   Ils ont souvent l’impression que les occidentaux sont obnubilés par le système des castes, le mariage des enfants, la saleté, la pauvreté. Donc lorsqu’ils se rendent compte du temps que j’ai passé pour apprendre et comprendre de l’intérieur leur culture, ils sont très touchés et m’ouvrent grand leurs portes. 

LNRI : Un immense atout au quotidien donc. Et également dans l’exercice de votre fonction ? 

Sonia Barbry : Par pudeur, je ne parle pas assez en Hindi en public, mais je vais commencer à le faire davantage. Après quatre ans en Israël puis trois ans à Paris, j’ai un peu perdu et je ne suis plus aussi à l’aise qu’avant. Quelques jours avant de prendre mes fonctions, j’ai enregistré une petite vidéo en Hindi pour me présenter et les gens ont beaucoup aimé. Il y a évidemment en France et dans le monde des chercheurs ou professeurs en indologie qui maîtrisent le Hindi, mais il y a très de diplomates hindiphones.

LNRI : Dans votre message adressé à la communauté française, vous avez mentionné les difficultés auxquelles elle pouvait parfois être confrontée. Pouvez-vous les préciser ? 

Sonia Barbry : L’Inde est un pays complexe, qui peut être déroutant, avec une culture très forte, très marquée, qu’il faut réussir à appréhender. Et puis, c’est un Etat fédéral, un pays continent, cela veut dire que chaque État est très différent des autres, avec une culture, des langues, fêtes et traditions différentes. Enfin, c’est un pays très bureaucratique, avec énormément de réglementations très précises et détaillées et il n’est pas toujours aisé pour un étranger de s’y retrouver. 
   Dans la vie quotidienne, les sources de malentendus sont fréquentes. Il faut être patient, souple et rester ouvert. Il faut accepter de laisser de la place à l’imprévu et à la surprise. Et là, on peut être agréablement surpris et parfois extraordinairement surpris. C’est ça aussi la magie de l’Inde et la magie des Indiens. Parfois on est épuisés par tous ces malentendus et ces différences, et puis finalement ils vont faire preuve de tellement de gentillesse, de bienveillance et de poésie, que l’on ne peut qu’être attendri et ouvrir son cœur. 

LNRI : Pouvez-vous décrire les liens entre la France et Bombay en quelques chiffres clés?

Sonia Barbry : La France ne traite pas l’Inde simplement comme un marché de consommation en y exportant ses produits. Les entreprises françaises viennent investir, s’implanter, innover et créer en Inde. Elles créent de véritables partenariats. Les entreprises françaises emploient plus de 350 000 personnes ici, y compris dans des centres de recherche. Beaucoup d’entreprises ou de filiales françaises ont leur siège à Bombay, capitale économique et financière de l’Inde.
   Bombay, c’est aussi le siège de Bollywood et de l’industrie de l’image. L’industrie de l’image est un secteur très important pour la France. L’Inde comptabilise 500 millions d’utilisateurs internet et est passée en trois ans de la 150ème place à la 1ère place mondiale pour la consommation de données sur internet. C’est un énorme potentiel pour la France, qui est le deuxième pays exportateur de programmes audiovisuels au monde, après les Etats Unis. Nous travaillons donc depuis plusieurs mois, à favoriser les contacts entre les exportateurs français de contenus audiovisuels et les plateformes indiennes, dont beaucoup recherchent des contenus originaux pour se différencier.  Une première rencontre des professionnels de l’audiovisuel a eu lieu en marge du festival de Cannes en 2018 et la deuxième rencontre s’est tenue ici à Bombay les 13-14 décembre 2018, et a été clôturée par le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.
   Nous souhaitons aussi promouvoir la France comme terre de tournages pour les films indiens, comme cela a été le cas pour « Befikre », un film indien entièrement tourné en France en 2016. Outre les 8 millions d’euros dépensés en France, ce film a réuni 6 millions de téléspectateurs sur 2000 écrans et plus de 782 millions de vues sur les réseaux sociaux pour les clips des chansons. Il a donc joué un rôle important de promotion de notre pays et attiré de nouveaux touristes indiens. Mais nous souhaitons aussi encourager les co-productions : à l’occasion de sa visite à Mumbai, M. Le Drian a annoncé le lancement d’un Fonds destiné à soutenir la co-rédaction franco-indienne de films.
   Enfin, Bombay et l’ouest de l’Inde en général, est une terre étudiante. Nous souhaitons donc promouvoir la France auprès des étudiants et des chercheurs, afin que se nouent plus de partenariats et de liens entre nos étudiants et nos universités. Lors de sa venue en Inde en mars 2018, le Président de la République a annoncé un objectif d’accueil de France de 10 000 étudiants indiens en 2020. Ces derniers peuvent en effet choisi de poursuivre des cursus en français ou en anglais, et les études en France demeurent moins chères que dans les autres pays. Parallèlement, le nombre de touristes indiens en France a également beaucoup augmenté. Depuis quelques années, la procédure des visas a été facilitée et nous délivrons désormais les visas en  48 heures (et même souvent en 24 heures en basse saison). Cette politique été un véritable tournant. En 2018, 700 000 touristes indiens se sont rendus en France. 

LNRI : Plusieurs entrepreneurs Français ont rencontré le succès en s’installant à Bombay. On pense notamment à la « Yoga house », à la crêperie « Chez Suzette ». Quelles sont, selon vous, les clés de la réussite pour un entrepreneur français à Bombay ? 

Sonia Barbry : Je pense qu’il est important pour eux de bien se renseigner en amont, de s’inspirer des expériences des prédécesseurs, et de commencer « petit » pour s’étendre une fois l’écosystème indien bien intégré. J’ai rencontré peu après mon arrivée un entrepreneur français qui importe et vend des croissants français congelés en Inde. Il a commencé à Bombay, en livrant à quelques hôtels. Et puis, il s’est étendu petit à petit. Au bout de quelques années il a commencé à étudier la possibilité de se développer dans d’autres Etats mais il s’est rendu compte que la culture n’était pas du tout la même et qu’il devait presque repartir de zéro en ce qui concerne l’étude du marché et des procédures. 
   Il ne faut pas hésiter non plus, lorsqu’on arrive, à s’appuyer sur les institutions qui sont là pour les aider. Il y a Business France, l’organisme chargé d’aider les PME françaises à s’implanter en Inde et favoriser les investissements indiens en France. Business France peut organiser des séjours d’études en Inde  pour ces PME selon leur thème d’intérêt, leur trouver des partenaires et des investisseurs dans leur secteur. La chambre de commerce franco-indienne (l’IFCCI), est également bien connectée avec des professionnels pouvant aider ces entreprises à mieux comprendre le système réglementaire et juridique local. Ils apportent aussi aux auto-entrepreneurs qui le souhaitent un environnement aidant au début de leur implantation. 

LNRI : Quels sont les grands chantiers de votre mandat ?

Sonia Barbry : Ma mission ici s’inscrit pleinement dans le plan d’action de notre Ambassadeur en Inde, qui a été validé à Paris par les différents Ministères. 
   En tant que représentante des autorités françaises dans cinq Etats de l’Inde (Gujarat, Maharashtra, Madhya Pradesh, Chhattisgarh, Goa) et 2 territoires de l’Union, ma mission est de décliner ces grandes priorités nationales, dans ces Etats de l’ouest de l’Inde. Nous avons, évidemment, la mission de faire vivre le partenariat stratégique avec l’Inde, qui fête cette année ses 20 ans. Par ailleurs, dans la mesure où les Etats de l’Inde dont j’ai la charge sont particulièrement dynamiques économiquement, le renforcement de nos relations économiques, scientifiques et universitaires sera une priorité constante. Pour cela je suis en contact permanent avec les autorités locales, les chefs d’entreprises influents, la communauté éducative et culturelle et évidemment, la communauté française basée dans la région. Dans tous ces domaines nous voulons développer les partenariats et aussi favoriser l’attractivité de la France, pour les hommes d’affaires, les scientifiques, les étudiants et les touristes indiens.
   En tant que Consule générale, l’une de mes priorités est aussi d’apporter un service de qualité aux Français résidant dans ma circonscription, ainsi que, dans la mesure du possible, aux Français de passage qui le nécessitent. Cette année, j’ai particulièrement à cœur, en lien avec la Directrice du Lycée Français International de Bombay et son comité de gestion, de travailler à la réussite du projet de relocalisation pour la rentrée prochaine, et de transformation de ce Lycée. C’est important pour notre communauté française, mais aussi pour l’attractivité du système éducatif français auprès des Indiens, d’avoir un Lycée Français International pérenne dans des locaux modernes.   
   Enfin, à titre personnel je suis particulièrement sensible à la situation des femmes et à leur émancipation dans le monde du travail, mais aussi à la préservation de l’environnement. Je tenterai donc, dès que j’en aurais l’occasion, de travailler sur ces problématiques. 

LNRI : Que pouvez-vous nous dire sur le projet indien des Smart Cities et sur la contribution de la France ?

Sonia Barbry : La population urbaine en Inde est en forte croissance et atteindra 600 millions de personnes dès 2030. Le projet des smart cities, lancé par le gouvernement indien, vise à créer des modèles de développement urbain qui puissent préfigurer la ville de demain : cela passe par le respect de l’environnement, l’intelligence artificielle, des modes de transport innovants... La France est particulièrement engagée dans ce genre de projets car nous avons une expertise et des entreprises reconnues dans les secteurs des transports urbains, du traitement des déchets, de l’efficacité énergétique, domaines dans lesquels l’Inde a des besoins immenses. La France apporte donc son expertise et des financements, notamment via l’Agence Française de Développement. Par exemple, je me suis récemment rendue à Pune pour la signature de l’accord de financement du métro par l’AFD (qui finance plusieurs projets de métro ou de trams en Inde).

LNRI : Pourquoi Bombay ne fait-elle pas partie des 100 « smart cities » alors que c’est la capitale financière économique. Est-ce surprenant selon vous ?

Sonia Barbry : C’est la municipalité qui s’est retirée de la compétition, menée par les autorités indiennes. Peut-être les autorités locales ont jugé qu’en raison du budget très important de l’agglomération de Bombay, celle-ci avait les capacités de mener ses propres projets d’équipement urbains sans devoir compter sur des financements du gouvernement central. 

LNRI : Et enfin, une lecture et un film à recommander pour découvrir Bombay ?

Sonia Barbry : Je n’ai malheureusement pas beaucoup eu le temps de lire ni de voir de film depuis que j’ai pris mes fonctions. Mais il y a plusieurs années j’avais lu Bombay Maximum City de Suketu Mehta, qui m’avait beaucoup marquée.
   Concernant les films, de la même manière, j’avais été profondément émue par le film Salaam Bombay, de Mira Nair. Je l’avais vu avant même de venir en Inde et plus tard, lors de mon stage à l’UNICEF avec les enfants des rues à Chennai, j’ai retrouvé exactement cette même tragique réalité. 

© La Nouvelle Revue de l'Inde - 2019

 


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