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Interview de Meena Rocher
Propos recueillis par Philippe Pratx
pour La Nouvelle Revue de l'Inde et Indes réunionnaises

         Jeune artiste française d'origine indienne, Meena Rocher nous fait découvrir ici quelques-unes des facettes de ses multiples talents, et nous parle notamment de son approche de la danse ainsi que du rôle qu'elle entend donner à son association, MudraDanse. Atteinte de surdité, elle porte un regard particulier, généreux, sur ce qui l'entoure.

  • IR/LNRI : Meena Rocher, pourriez-vous commencer par vous présenter à nos   lecteurs ?

MR : Je suis française d’origine indienne, je suis danseuse-comédienne-costumière mais aussi professeur de danse et de gestuelle indienne, et fondatrice de l’association MudraDanse, « le corps qui parle ».

  • IR/LNRI : Quelles circonstances vous ont conduite de Bangalore, votre  ville natale, à la France ?

MR : Tout simplement, j’ai été adoptée enfant par une famille française, et ayant passé ma petite enfance en Inde, j’ai toujours été très attachée à mes origines.

  • IR/LNRI : Vous avez suivi une formation de comédienne : que vous a-t-elle  apporté ? Mettez-vous aujourd'hui à profit ce que vous y avez appris ?

MR : La formation de comédienne m’a beaucoup apporté en termes de liberté, d’épanouissement de soi. Le langage verbal est plus difficile pour moi, mais avec de la volonté et du travail, on y arrive.
   À travers un texte, une pièce, je prends un réel plaisir à faire passer des émotions aux autres, à le rendre vivant, à pouvoir endosser différents rôles.
   Finalement, la danse indienne est pour moi source de bonheur.
   Mon parcours a toujours mêlé le théâtre et la danse. Dans le théâtre, j’aime le fait de raconter des histoires, de visualiser des personnages et de les incarner. Dans la danse indienne, j’aime l’énergie, la dynamique, le rythme, les images, les costumes, le côté spirituel.
   Etant de nature réservée et timide, je trouve que la danse indienne me donne la possibilité de m’exprimer.
   Théâtre, danse, poésie, percussions, chant, costumes, maquillages, décor... voilà les domaines dans lesquels je m’épanouis pleinement.

  • IR/LNRI : Vous travaillez donc également dans le domaine de la création de costumes : pouvez-vous nous en dire davantage ?

MR : Costumière de formation, j’ai suivi les cours d'une école d'infographie-stylisme, j'ai ensuite suivi la formation de CAP flou, et de stylisme-modélisme à la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, ainsi que des stages en tant que costumière de spectacles.
  
J’ai travaillé dans des entreprises de confection : haute couture, robe de mariée et costumes pour les hommes, également dans diverses entreprises du domaine des spectacles.
   Actuellement je fais des costumes pour ma compagnie et d’autres compagnies de spectacles...
   C’est pour moi non seulement une source de revenus mais je dois avouer que j’y trouve beaucoup de plaisir. Créer des costumes  n’est pas seulement de la couture, mais tout un art.

  • IR/LNRI : Et qu'en est-il de l'association MudraDanse ? Quelle est son histoire et quels sont ses objectifs ?

MR : Elle a été créée en 2012. Après diverses recherches auprès d’autres compagnies j’ai décidée de fonder ma propre association, et ainsi de pouvoir réaliser mes projet artistiques. C’est une façon de ne pas faire de compromis.
   Les objectif de l’association sont simples : promouvoir la culture indienne, et bien sûr réaliser divers spectacles.
   L’association veut permettre un échange culturel, en invitant artistes et personnalités… Découvrir l’autre permet aussi de se découvrir soi-même.
   Le but est personnel mais aussi social. En tant que personne atteinte de surdité, je souhaite que l’association évolue en partenariat avec diverses institutions d’état, afin d’apporter de l’aide, du rêve, à toutes ces personnes auxquelles la vie n’a pas fait de cadeau.

  • IR/LNRI : Que diriez-vous, de même, pour présenter la compagnie TarakaDance ?

MR : La compagnie TarakaDance, n'en est pour le moment qu’à ses débuts, quelques spectacles ont été proposés.
   En relation avec divers artistes (musiciens, danseurs, etc..), la compagnie  poursuit un but simple… promouvoir la culture indienne.

  • IR/LNRI : En tant que danseuse, quels sont les styles que vous  affectionnez le plus ?

MR : Sans hésitation la danse de  style sattriya,  que j’affectionne particulièrement et où je me retrouve pleinement, mais aussi le kandyan , le kathak , l’odissi, le kathakali, les danses folkloriques du nord de l’Inde. L'Inde est d’une telle richesse et beauté en matière de danse et de musique !

  • IR/LNRI : Il est évident que votre handicap suppose une approche très particulière de la danse : comment suppléez-vous ou transcendez-vous cette surdité ?

MR : Evidemment le fait de ne pas entendre suppose d’appréhender autrement les choses, ceci ne concerne pas que la danse mais aussi la vie en général.
   Concernant la danse, il faut faire appel à d’autres sens. Les vibrations, le visuel, le ressenti sont aussi des outils sur lesquels on peut s’appuyer.
   Sur scène, on arrive même à oublier son handicap... La magie s’exerce quand même.

  • IR/LNRI : La codification de la danse indienne classique recourt à une  gestuelle très riche et significative... une sorte de langue des signes : en quoi cela est-il essentiel pour vous ?

MR : S’exprimer avec des signes existe depuis la nuit des temps. Ce n’est pas forcement réservé aux personnes atteintes de surdité.
   Concernant la danse indienne et en tant que personne sourde, j’ai trouvé beaucoup de similitudes entre la langue des signe et la gestuelle indienne.
   Plus qu’essentiels, les mudras sont pour moi une sorte de continuation du langage des signes, je dirais même une part de rêve, de poésie…
   C’est pour moi un sens à part entière.

  • IR/LNRI : Qui sont vos élèves et que leur apportez-vous ?

MR : Mes élèves sont tout le monde ; j’ai remarqué que le profil type n’existe pas. Malgré de nombreux clichés, la danse indienne n’est pas réservée aux baba cools (rire). Bien sûr je plaisante, il y a autant d’enfants, d’adultes jeunes et moins jeunes, tous milieux sociaux confondus.
   Je pense que dans notre monde et notre société où on entend parler de crise, de guerre, de chômage, de peur etc., la danse indienne permet de se retrouver.
   Plus précisément, je travaille sur la technique, sur la gestuelle, j’essaye d’apporter par mes connaissances la maîtrise de cet art.
   Je propose aussi des rencontres avec de grands artistes indiens, des masters class, des stages de danse et percussion, de chant signe, des spectacles…
   Je projette pour l’année prochaine de réorganiser des masters class avec Bhabananada Barbayan en danse sattriya  et avec d’autres artistes pour les disciplines que j’affectionne particulièrement (music, chant).  
   Il est important d’avoir le maximum d’informations, de rencontres possible… avec les personnes issues directement de cette culture.
   L’association permet aussi cela, à des tarifs plus qu’abordables, car tout le monde n’a pas les moyens de voyager en Inde...

  • IR/LNRI : Quelle est l'importance de la spiritualité dans votre démarche  d'artiste et d'enseignante ?

MR : En occident, la danse en général est considérée comme un sport, au mieux  un art. Pour moi, c’est plus qu’un art : la danse est un lien direct entre notre corps et notre esprit, l’un ne peut marcher sans l’autre.
   En Inde, où la pratique religieuse et spirituelle fait partie intégrante de la vie, la danse ne peut s’envisager sans le côté spirituel.
   J’essaye de ne pas oublier cette dimension dans mon enseignement.
   Personnellement, la spiritualité me permet de m’élever et de me sentir plus en adéquation avec notre monde, notre planète, et tout être vivant sur cette terre…

  • IR/LNRI : Enfin, quels sont vos principaux projets, pour les mois et les années à venir ?

MR : Déjà je m’envole en automne 2012 pour l’Inde. Un retour aux sources…
   Pour la rentrée 2012, un spectacle est en projet, mais chaque chose en son temps...
   Bien sûr, les cours reprennent en septembre et sont ouverts à tous.
   Pour suivre l’association, rendez-vous sur mon site :
www.mudradanse.com.

 

© La Revue de l'Inde et Indes réunionnaises 2012

 


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