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Interview de Jean-Pierre Gnanou
Chef d'entreprise franco-pondichérien

     LNRI : Qu’est-ce qui vous a fait revenir à Pondichéry ?

JPG : Mon père était un ancien comptable au Consulat de France de Pondichéry. Il a effectué sa dernière mission à  Madagascar avant de prendre sa retraite. Malheureusement suite à un AVC, il a été atteint d’une paralysie. C’était la raison principale de mon retour au pays. Mon installation à Pondichéry s’est faite progressivement. Je suis d’abord venu en 2000, prospecter le marché durant plusieurs mois. J’ai  ensuite monté ma propre entreprise de sourcing en textile qui consiste à placer les commandes des clients de France sur le marché asiatique et de suivre toute la production et l’export. En 2005, j’ai créé une agence de voyages à Pondichéry, Easyway et en 2007, j’ai entamé le projet d’un hôtel, la Villa. C’est finalement en 2008, que je m’installe à Pondichéry avec ma famille.  

LNRI : Quand vous étiez étudiant au Lycée Français, pensiez vous vivre à Pondichéry ?

JPG : Contrairement à mes sœurs et frères et à mes amis, je ne suis resté que jusqu’à l’âge de 13 ans en Inde. C’est en 1986 que j’ai du repartir en France pour continuer mes études. 
   C’était avec un grand regret que j’ai du quitter Pondichéry. Je suis resté au Lycée Français de Pondichéry jusqu’en 6e. Le choix a été  difficile mais je savais qu’un jour je reviendrais m’installer.
   Je ne regrette pas toutes ces années passées en France. J’ai passé mon bac et y fait mes études supérieures en comptabilité. C’était une expérience enrichissante aussi bien culturellement, professionnellement qu’humainement.
   C’est toujours émouvant de revoir le Lycée Français de Pondichéry et mes anciens professeurs.

LNRI : Comment vivez-vous votre identité française ?

JPG :  Ma  double culture est avant tout une incroyable richesse et une force pour me positionner dans mon travail auprès de mes partenaires.
   Je me sens autant Français qu’Indien.
   Je jongle du français au tamoul et à l’anglais avec mes clients, mes partenaires, mes amis et ma famille.
   Je reste attaché à la France. Je suis l’actualité française, regarde TV5 monde, écoute la radio française et mange régulièrement français. Je rencontre beaucoup de français et des franco-pondichériens.
   Je retourne tous les ans en France pour le travail mais aussi pour les vacances.
   Je pense avoir trouvé un bon équilibre entre les deux cultures.

LNRI : Quelles aspects de votre vie sont indiens ?

JPG : J’essaye de  continuer de suivre certaines traditions de la culture indienne.
   Ma 1ere Kumba Mela en 2013 à Allahabad et Varanasi m’a permis de commencer mon voyage spirituel. J’y ai appris le sens de la tolérance,  du partage et de l’entraide. J’essaye de pratiquer aussi le yoga et la méditation.

LNRI  : Est-ce difficile ou facile d’être un entrepreneur à Pondichéry ?

JPG : Sur le plan administratif, comme partout, les procédures sont très longues et lourdes.
   Il est parfois difficile d’obtenir une autorisation, un permis de construire, une licence sans passer par la case « corruption ».  
   Il faut faire face aux coupures de courant, aux problèmes de connexion internet.
   Coté salarié, les jeunes diplômés préfèrent s’installer dans les grandes villes comme Chennai ou Bangalore car ils ont un meilleur salaire et un cadre de vie plus agréable pour les jeunes. Il est donc difficile de trouver du personnel compétent et expérimenté.
   La formation est assez longue. Il y a un vrai fossé culturel.  Il faut savoir donner priorité  à la relation humaine, à la vie personnelle du salarié, à sa religion.
   En comparaison à la France, les couts sont moins importants sans oublier la qualité de la vie.

LNRI Au travail, j’utilise principalement le français pour communiquer avec mes clients.

JPG : A la maison, nous parlons français avec les enfants. Je me suis crée un vrai réseau d’amis français.

LNRI : Vous vivez à Pondichéry depuis longtemps, pensez-vous que la francophonie est toujours en vie à Pondichéry ?

JPG : A Pondichéry, le tamoul et l’anglais restent les 2 langues les plus parlées. Le français n’est parlé que par peu de personnes. La plupart sont des anciens militaires retraités, des Franco-Pondichériens revenus s’installer en Inde ou les élèves du Lycée Français et de l’Alliance Française.
   De nombreuses  écoles anglaises proposent le français en 2e ou 3e langue
   L’alliance Française  de Pondichéry joue un rôle très important.
   Beaucoup d’Indiens (surtout du Rajasthan) viennent y apprendre le français car les enseignants ont un meilleur niveau et ils peuvent pratiquer la langue avec les expatriés français et les touristes français. Ils souhaitent pour la plupart devenir guide local francophone, travailler dans l’hôtellerie ou la restauration ou s’installer en France.
   L’alliance française propose aussi des cafés littéraires, projette des films français et organise parfois des concerts français.
   On continue à jouer à la pétanque, les rues portent encore pour la plupart des noms français, on fête encore le 14 juillet, et les maisons coloniales continuent d’être  préservées. 
   La France reste encore très présente à Pondichéry.

© La Nouvelle Revue de l'Inde, 2016

 


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