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Hampi, terre de légendes et d’héroïsme

Par Olivier Barot, photographe, scénariste, installé en Inde ; c’est un habitué de Hampi. Vous pouvez voir les photos d’Olivier sur son site  Internet : http://www.andakosha.in

Situé au cœur de l’Etat du Karnataka, dans le sud de l’Inde, Hampi se distingue des plaines environnantes par un paysage dramatique, quasi lunaire, créé par un amoncellement de rochers granitiques gigantesques empilés les uns sur les autres — œuvre du temps et de l’érosion naturelle ou de quelques démons surhumains, nul ne saurait le dire tant ce lieu semble appartenir à une dimension surnaturelle qui dépasse en tous points les repères les plus fantaisistes de notre monde moderne où tout semble avoir été défini, compris, répertorié et mis en paragraphes.

Ici, point d’ « Histoire » au sens ou nous l’entendons habituellement car nous ne sommes jamais sûrs de pouvoir distinguer la légende de la réalité ni le vrai du faux — et nous en sommes encore à nous demander si ce qui est vrai n’est pas ce qui a su conserver le pouvoir de nous rendre notre part de mystère et d’émerveillement quand notre Terre s’est rétrécit à la dimension peu rassurante d’un mouchoir de poche électronique.

En ce sens, Hampi est sans aucun doute l’un des sites qui traduisent le mieux ces « grands rêves de l’Inde » dont parlait André Malraux et qui continuent de hanter l’imagination de ceux qui la visitent : ici, chaque rocher, chaque grotte, chaque montagne semble se souvenir de cette époque où Sugriva, le Roi Singe, gouvernait encore sur le royaume de Kishkinda alors que l’humanité était encore dans l’enfance.

Ainsi, tels les explorateurs d’un monde de légendes, et après avoir traversé la magnifique rivière Tungabadra dans l’un de ces antiques petit bateaux de rotin tressé, pourrons-nous visiter Rishimookh, où Sugriva rencontra pour la première fois Rama et son frère Lakshamana ; tous deux se dirigeaient alors vers Sri Lanka, en quête de Sita, la femme de Rama, précédemment enlevée par le démon Ravana.

Ainsi, pourrons nous escalader la magnifique montagne au sommet de laquelle naquit Hanuman, fils de Vayu, le Dieu du Vent et qui devait prendre la tête des armées de singes afin d’aider Rama à secourir Sita ; ou bien encore admirer le Pampa Sarovar, l’un des quatre Sarovars qui reposent aux quatre points cardinaux de l’Inde et qui ne sont rien de moins que les bains dédiés aux millions de dieux du panthéon hindou.

Mais l’aspect légendaire de Hampi ne se limite pas à sa relation étroite avec le Ramayana, l’épopée mythique de Valmiki ; il se poursuit, à une époque plus récente, avec l’édification de Vijayanagar, « la Cité de la Victoire », capitale de l’un des plus puissants empires hindou :

« A l’instar d’autres cités antiques où la destinée humaine est devenue inséparable du mythe, Vijayanagar ne peut être totalement appréhendée à l’aide des seuls faits historiques et archéologiques car si, en tant que cité, elle su remplir les besoins militaires, administratifs et résidentiels que toute capitale se doit de remplir, elle fut avant tout la réalisation urbaine de principes cosmologiques qui transféraient des pouvoirs divins au souverain d’origine humaine. Lorsque les succès politiques et militaires se combinent avec une autorité sacrée, le Roi et sa capitale prennent une dimension épique, voir mythique[1]

Mais la création même de Vijayanagar relève de la légende :

Au début du XIVe siècle, alors que le nord de l’Inde était sous la domination musulmane, la situation politique du sud était devenue de plus en plus instable. Mohammed bin Tughlaq, souverain de Delhi, venait de s’emparer du royaume de Kampili, et menaçait d’étendre son hégémonie plus au sud. Le besoin de trouver un chef politique qui pourrait inspirer le peuple à se battre pour des idéaux tels que l’amour de leur pays, de leur religion et de leur culture se faisait de plus en plus sentir.

C’est alors que le dieu Virupaksha (Shiva) apparu devant le saint Vidyaranya et lui demanda de fonder une nouvelle ville qui porterait le nom de Vijayanagar. Peu de temps après, ce dernier reçu la visite de deux frères, Harihara et Bukha, qui appartenaient au clan des Kuruba. Séduit par ces deux jeunes seigneurs, Vidyaranya leur demanda de l’aider à fonder cette nouvelle cité afin d’unifier le sud de l’Inde et contrer les conquêtes musulmanes.  Ceux-ci acceptèrent et, bientôt, tous trois partirent à la recherche du site idéal.

Après avoir fait de vaines recherches, ils se retrouvèrent errant non loin du fort d’Anegondi et là, à leur grande surprise, ils surprirent un lièvre qui, bondissant en tous sens, s’attaquait à deux chiens de meute qui, jusque là, l’avaient pourchassé. Interprétant ce spectacle exceptionnel comme un heureux présage, Vidyaranya décida que l’emplacement semblait propice à l’édification de la nouvelle ville.

C’est ainsi que commença la construction de Vijayanagar, la cité qui devait devenir la capitale de l’empire unifié de toute l’Inde du sud et qui devait rayonner par ses richesses, sa culture, son armée et son organisation pendant plus de deux siècles jusqu’à ce que, suite à une trahison, elle soit finalement détruite en 1565 par les armées combinées de Bijapur, Golconde et Ahmednagar.

Décrire un site tel que celui d’Hampi relève du tour de force. On ne peut prendre conscience de l’aspect multidimensionnel qui se dégage de ses temples, ses ruines, de ses paysages, qu’en se promenant au milieu de ce décor qui semble tout droit tombé d’un autre ciel où les choses, les êtres, les évènements n’ont pas encore perdu leur part de mystère et de charme, la magie inhérente à toute chose essentiellement « vraie ».

Explorer, flâner, se laisser emporter dans une contemplation intime du lieu et de son « histoire », appréhender le monde des dieux au milieu de ces pierres vivantes, vibrantes d’une autre profondeur, plus intime et plus riche, partir à la recherche du secret perdu qui hante encore ce haut lieu de la Culture indienne et humaine, tel est donc le seul « guide » qui pourra vous indiquer, ne serait-ce qu’un tout petit peu, le chemin qui conduit par mille détours à Kishkinda, le royaume du Roi Sugriva et de son armée de singes...

 Renseignements pratiques :

Hampi est un site plutôt difficile d’accès. On peut s’y rendre en taxi (environ 7 heures de Bangalore) ou en train (une nuit depuis Bangalore). La gare la plus proche est celle d’Hospet.

Les hôtels sur le site même sont assez sommaires mais bon marché et on y mange en général assez bien. Parmi les meilleurs : le Shanti Guest House et le Mowgli qui offrent une très belle vue (environ 300 Rs pour une petite case pas toujours très propre !).

A noter cependant le Boulder Resort qui se situe à environ 7 km du site archéologique (environ 100 Euros pour une double AC). Email: bouldersresort@nivalink.com 

Sinon, il faut se loger à Hospet qui se situe à une demie heure de Hampi : la meilleure adresse reste l’hôtel Malligi (malligihome@hotmail.com).

La meilleure saison pour visiter Hampi reste de décembre à février quoique l’on y rencontre évidemment plus de touristes (parfois très bruyants !). Mais quelle que soit la saison, Hampi est en site où l’on a vite chaud car les distances à parcourir à pied sont grandes. Il faut par conséquent toujours se couvrir la tête et emporter de l’eau avec soi. Ne pas oublier de bonnes chaussures et éventuellement un maillot de bain pour se baigner dans la rivière (en faisant attention car elle peut être dangereuse en certaines saisons, en particulier pendant et après la saison des pluies).


[1] « City of Victory, Vijayanagara, the medieval Hindu capital of southern India » by John M. Fritz and George Michell, Aperture Foundation, Inc., 20 East 23 Street, New York, New York 10010, USA.

© Olivier Barot 2007-2010

 


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