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Les "fausses" vérités du Cachemire

Par François Gautier

     Pour les Français, l’Inde est un pays lointain, auquel s’attachent de nombreuses  étiquettes, qui ne sont parfois que des demi-vérités. Aujourd’hui, alors que le Pakistan et l’Inde se disputent toujours ce paradis himalayen, voici un petit inventaire de tout ce que vouliez savoir sur le Cachemire.

Le Cachemire aurait dû revenir au Pakistan en 1947.

Faux. Dans l’absurde logique de la partition du sous-continent en 1947, les régions à forte majorité hindoue devaient allaient à l’Inde et celles à majorité musulmane au Pakistan. C’est ainsi que le Bengale oriental échut au Pakistan et le Bengale occidental à l’Inde. L’état du Cachemire, qui avait un maharaja hindou, Hari Singh, était divisé en trois régions : une à majorité musulmane (la Vallée du Cachemire), une hindoue (Jammu) et une bouddhiste (Ladakh).

Le Cachemire n’a pas toujours fait partie de l’Inde

Faux. Le berceau du shivaïsme hindou se trouve dans les Himalaya, particulièrement au Cachemire, où la plupart des yogis, sadhous et sages indiens se rendent depuis des siècles dans des lieux saints comme la grotte d’Armanath. Mais ce merveilleux Etat « où coulaient le miel et le lait », d’après la légende, attira très vite les convoitises des envahisseurs musulmans au 14e siècle. Les persécutions musulmanes au Cachemire sont légendaires.

Il ne reste plus que des musulmans au Cachemire

Faux. Il restait tout de même 400.000 hindous en 1947, à l’indépendance, Mais à partir de la fin des années 80, une politique de terreur, sponsorisée et soutenue par le Pakistan, fit fuir la plupart de ces hindous, qui devinrent des réfugiés dans leur propre pays, une première mondiale ! Aujourd’hui il ne reste que quelques centaines d’hindous dans la Vallée du Cachemire, les autres ayant émigré dans la région de Jammu, qui fait partie de l’état du Cachemire, où ils forment 55% de la population (contre 45% de musulmans).

Le Cachemire fut un grand centre de soufisme

Vrai. Malgré les violentes persécutions de sultans comme Sikandar (1389-1413), l’Islam cachemiri était tolérant ; hindous et musulmans priaient encore ensemble dans des lieux saints soufis jusqu’au début des années quatre-vingt-dix. Mais ceci n’était pas du goût des groupuscules militants islamistes proches du Pakistan, qui prêchent une tendance sunnite pure et dure. Le dernier vrai sanctuaire soufi, celui de Shrar-e-Sharif, fut  brûlé en 1995 et aujourd’hui l’islam à visage ouvert du Cachemire n’est plus : les cinémas ont été interdits, ainsi que l’alcool ou la télévision par câble, le port du bourqua a été imposé dans la rue et la loi du Shariat  vient d’être votée au Cachemire, une première dans l’Inde démocratique et laïque !

Les séparatistes kashmiris se battent pour le rattachement au Pakistan

Vrai. Les vrais militants cachemiris de l’Inde des années 80, ceux du « Jammu & Kashmir Liberation Front » ont été tués ou marginalisés par les autres groupuscules militants, à encadrement pakistanais ou afghan, qui veulent le rattachement au Pakistan. Cependant les choses ne sont pas si simples que cela, car le Cachemire est divisé en trois parties : la vallée du Cachemire, qui est donc maintenant à écrasante majorité musulmane, le Ladakh, principalement bouddhiste, et la région de Jammu, capitale d’hiver du Cachemire, à petite majorité hindoue.

Musharraf est un homme intelligent

Vrai. Le Président Musharraf donne l’impression d’un homme dynamique, ouvert, intelligent. Mais l’obsession du général pakistanais pour le Cachemire est légendaire, comme elle l’est pour beaucoup d’officiers de l’armée pakistanaise, qui n’ont jamais pardonné à l’Inde d’avoir aidé le Pakistan occidental, aujourd’hui Bangladesh, à obtenir son indépendance, amputant le Pakistan de près de la moitié de son territoire. La perte pour l’Inde du Cachemire serait leur revanche.

En cas de guerre avec l’Inde, Islamabad pourrait avoir recours à l’arme nucléaire.

Faux. Musharraf fait un bluff nucléaire au monde : « ou vous faites pression sur l’Inde pour qu’elle nous cède le Cachemire, ou vous risquez une guerre nucléaire avec ses conséquences  écologiques ». C’est un chantage qui semble marcher, témoin la forte pression des Etats-Unis sur l’Inde et le Pakistan pour trouver une solution pacifique au Cachemire.

Les Etats-Unis ont fait un bon choix en adoptant le Pakistan comme état frontalier dans leur guerre contre le terrorisme.

Faux. Comme Bush est en train de le réaliser, Musharraf, même s’il est sincère, a les mains liées, non seulement parce qu’une partie de l’armée et de la population a de fortes sympathies pour Ben Laden et l’Al-Qaida, mais aussi parce que la culture du Kalachnikov et la libre circulation du pavot pour financer les groupuscules islamistes, d’abord contre les Soviétiques en Afghanistan, puis contre les hindous, ont créé un Etat volatile, que personne ne contrôle vraiment. De plus, le Pakistan a souvent été à la racine du terrorisme dans le monde : les talibans sont sortis des madrasas (écoles coraniques) pakistanaises et ont pu, pour un moment, se saisir de pratiquement tout l’Afghanistan grâce au soutien financier et à l’encadrement d’officiers pakistanais (ils se regroupent en ce moment, toujours sous l’aile pakistanaise). Le Pakistan forment également les djihadis qui sèment la terreur non seulement au Cachemire, mais aussi en Tchétchénie, ou aux Etats-Unis (9/11 avait des ramifications pakistanaises, ainsi que les attentats du métro de Londres).

Beijing s’inquiète des tensions entre l’Inde et le Pakistan.

Faux. Les Chinois se frottent les mains, car ils comprirent très vite que c’est en se servant de l’animosité pakistanaise vis-à-vis de l’Inde, qu’ils pourraient le mieux neutraliser le géant indien, leur adversaire direct en Asie.  La liste de la “coopération” stratégique entre la Chine et le Pakistan est très éducative. Cela va de la route la plus haute du monde entre le Cachemire pakistanais et le Sin-Kiang, jusqu’aux missiles M11, capables de porter des têtes nucléaires, qui ont été fournis par Beijing, malgré les avertissements du Pentagone. Puis bien sûr, Les Chinois ont littéralement donné aux Pakistanais la bombe atomique. La CIA a d’ailleurs minutieusement documenté les différents stages de ce « don » sous le couvert d’un programme nucléaire civil.

L’intérêt de la France est de garder de bonnes relations à la fois avec le Pakistan et l’Inde et de vendre des armes aux deux pays.

Faux. On ne vend pas des armes à un petit pays islamiste au bord de la banqueroute et toujours à la merci d’un coup d’état, occultant ainsi l’Inde, une nation démocratique, pro-occidentale, à l’économie solide, alors que les Indiens ont non seulement besoin de Mirages, mais aussi d’Airbus, de centrales nucléaires, ainsi que d’énormes investissements en infrastructures, besoins pour lesquels New Delhi pourrait maintenant se tourner vers les Etats Unis, surtout après le rapprochement indo-américain post 11 septembre 2001. La politique française vis-à-vis du Cachemire  a été bien timide et sans imagination. Une fois de plus, nous sommes à la traîne, alors que les Français bénéficient d’une bien meilleure image de marque en Inde que les Américains.

© François Gautier 2007-2010

 


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