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Interview d'Anne-Sophie Bentz

Les réfugiés tibétains en Inde

   On sait combien les événements malheureux qui ont frappé le Tibet il y a une soixantaine d'années, et surtout leurs conséquences, ont marqué les esprits, notamment depuis qu'un personnage aussi emblématique que le Dalaï-Lama a fait connaître au monde le destin de son pays et celui de ses coreligionnaires. On sait aussi que l'Inde - comme si souvent en d'autres occasions - a été la terre d'exil et d'asile de dizaines de milliers de réfugiés fuyant l'envahisseur.
   Le livre d'Anne-Sophie Bentz, jeune universitaire, sous-titré "Nationalisme et exil", fait le point, historiquement, politiquement, socialement, psychologiquement, humainement... sur ces exilés et sur la façon dont ils vivent leur situation. Il s'appuie, comme on peut s'y attendre, sur un travail de documentation et d'observation aussi minutieux qu'efficace : le regard d'une spécialiste qui nous donne ici de précieuses clés pour aller au-delà des images superficielles que l'Occident peut avoir du peuple tibétain chassé de ses terres.

 

   A commander chez votre libraire ou à partir de cette page (The Graduate Institute - Geneva).

 

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  • LNRI/IR : Anne-Sophie Bentz, pourriez-vous tout d'abord vous présenter à nos lecteurs ?

ASB : Je suis enseignant-chercheur, spécialiste en relations internationales, et j’ai fait ma thèse sur le nationalisme chez les réfugiés tibétains en Inde à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), à Genève. J’enseigne actuellement les relations internationales à l’Université Toulouse 1 Capitole et je m’intéresse notamment aux questions ayant trait au nationalisme dans un contexte particulier – l’exil, que cet exil soit celui de réfugiés ou de membres de diasporas déjà constituées. J’ai écrit plusieurs articles sur les réfugiés tibétains en Inde et, maintenant, ce livre, qui est issu de ma thèse.

  • LNRI/IR : Pour quelles raisons vous êtes-vous personnellement intéressée au sujet qui est au cœur de votre ouvrage : les réfugiés tibétains en Inde ? S'agit-il d'un simple hasard dans le cours de vos recherches et de vos études ? S'agit-il d'un "coup de cœur" ?

ASB : Je dirais qu’il s’agit à la fois d’un hasard et d’un coup de cœur. Un hasard au sens où c’est par le biais de cours beaucoup plus généraux, suivis à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), que je me suis intéressée à la question du Tibet : mon premier travail portait sur la place du Tibet dans les relations entre la Chine et l’Union européenne. Il m’a amenée à chercher à comprendre pourquoi le Tibet n’apparaissait pas davantage dans la recherche : il m’a semblé qu’il y avait là un manque relatif à combler. J’ai alors été intriguée par la figure du Dalaï-Lama : comment le présent Dalaï-Lama peut-il concilier son double rôle politique et religieux ? C’est autour de cette question que j’ai construit mon mémoire de Master. Et c’est ainsi, de fil en aiguille, en travaillant sur le leader, que j’en suis venue à m’intéresser au peuple tibétain. Je voulais redescendre du sommet à la base. Restait à savoir comment aborder l’étude des réfugiés tibétains. La perspective que j’adopte ici, celle du nationalisme, m’a paru pertinente en ce qu’elle permettait à la fois de s’intéresser à la composante politique de la communauté tibétaine de l’exil, assez peu étudiée jusqu’ici, et de renouveler la réflexion sur les rapports entre le nationalisme et l’exil. Le coup de cœur est arrivé quand j’ai véritablement été en contact avec la communauté tibétaine d’Inde – lorsque j’ai (provisoirement) délaissé les bibliothèques pour aller voir les sujets mêmes de mes futures recherches.

  • LNRI/IR : Pouvez-vous nous dire comment se sont effectués les travaux préparatoires qui ont abouti à ce livre ? Y a-t-il eu notamment une phase de recherches sur le terrain ? Y a-t-il eu des rencontres déterminantes ?

ASB : Il y a eu plusieurs phases de travaux préparatoires. Une première phase de recherches bibliographiques, qui est allée dans deux directions. Il m’a d’abord fallu me familiariser avec le contexte théorique dans lequel s’inscrit mon travail, en assimilant les théories sur le nationalisme les plus connues, les plus importantes et les plus pertinentes pour l’objet d’étude. Il m’a également fallu prendre connaissance de toutes les sources secondaires sur les réfugiés tibétains en Inde, enquêtes historiques, sociologiques, ethnographiques et autres.
   Je suis ensuite partie sur le terrain. Le terrain est constitué d’un échantillon de camps de réfugiés tibétains en Inde pour lesquels deux critères ont été retenus, l’accessibilité et la représentativité, à la fois en termes de situation géographique (je me suis ainsi rendue dans les camps de réfugiés des montagnes pré-himalayennes – à Dharamsala, le siège du gouvernement tibétain en exil, mais également, au nord-est, à Mussoorie, Dehra Dun, Manali et Simla, et, dans la région de Calcutta, à Darjeeling, à Kalimpong et, au Sikkim, à Gangtok et Ravongla –, dans les camps de réfugiés des plaines du sud – à Bylakuppe, Hunsur et Mundgod, dans le Karnataka – et à Majnu-Ka-Tila, une colonie sauvage de réfugiés tibétains à New Delhi) et d’activité professionnelle (le gouvernement tibétain en exil classe les camps de réfugiés tibétains en Inde en fonction de l’activité professionnelle principale qui y a cours, il y a donc des camps agricoles, des camps agro-industriels et des camps artisanaux). J’espère ainsi proposer un panorama relativement complet de la situation des réfugiés tibétains en Inde.
   J’aurais tendance à dire que toutes mes rencontres avec les réfugiés tibétains ont été déterminantes, vu le temps que nous avons passé ensemble, mais deux réfugiés tibétains en particulier m’ont été d’une aide précieuse, l’un pour m’avoir montré l’envers du décor, c’est-à-dire les contrastes entre les discours officiels du gouvernement tibétain en exil et la réalité de la vie des réfugiés tibétains, l’autre pour m’avoir aidée à traduire des manuels scolaires tibétains. Ces deux réfugiés tibétains, qui resteront ici anonymes, sont devenus des amis.

  • LNRI/IR : Qu'est-ce que le lecteur va trouver dans votre livre, et comment est-il construit ?

ASB : Les lecteurs ne cherchent pas tous la même chose, mais j’espère que la plupart d’entre eux trouveront ce qu’ils cherchent. Le livre aborde plusieurs thèmes et que les lecteurs qui veulent se faire une idée plus précise de l’histoire du Tibet y trouveront leur compte, de même que ceux qui s’intéressent à l’histoire des relations sino-indiennes et à la place que le Tibet y occupe. Bien sûr, les lecteurs qui s’intéressent aux réfugiés tibétains en Inde, à leur vie de tous les jours, à leurs préoccupations, à leur implication dans la communauté tibétaine de l’exil, aux difficultés qu’ils rencontrent, surtout dans leur activisme politique, devraient être les plus satisfaits, puisque ces questions sont quand même au cœur de ce livre. Mais j’espère également que les lecteurs qui s’intéressent au phénomène du nationalisme trouveront dans ce livre de quoi ébranler leurs convictions profondes, puisque le cas d’étude des réfugiés tibétains permet d’envisager le phénomène du nationalisme sous un angle nouveau.
   Le livre se divise en quatre chapitres. Le premier est consacré à une historiographie du Tibet : j’y envisage les différentes histoires du Tibet, écrites par des historiens tibétains, chinois et occidentaux, le but étant de mettre en lumière comment l’histoire peut être déconstruite, reconstruite, utilisée, ou tout simplement interprétée à des fins nationales et nationalistes. En d’autres termes, j’essaie de voir, à travers cette comparaison des différentes histoires du Tibet, en quoi l’histoire peut servir le projet national tibétain. Les deuxième et troisième chapitres portent sur les acteurs de la nation tibétaine, à savoir, d’une part, le Dalaï-Lama lui-même, que j’envisage ici comme celui qui créée, et même, qui créée à son image, la nation tibétaine, et d’autre part les réfugiés tibétains, à qui s’adresse en premier lieu la nation tibétaine proposée par le Dalaï-Lama. C’est un peu comme un jeu d’actions et de réactions : le Dalaï-Lama propose une certaine vision de la nation tibétaine à laquelle réagissent les réfugiés tibétains, puis le Dalaï-Lama tient compte de ces réactions qu’il intègre à une nouvelle version de la nation tibétaine, etc… Sachant bien que la nation tibétaine n’est jamais fixée pour toujours, mais, au contraire, toujours en évolution. Le quatrième et dernier chapitre traite de la place de l’Inde dans le développement du nationalisme tibétain, revenant ainsi sur l’idée que les acteurs de la nation tibétaine, le Dalaï-Lama et les réfugiés tibétains, peuvent agir de manière complètement autonome. L’objectif étant de mettre en avant un certain nombre de contraintes qui pèsent ou qui ont pu peser sur le nationalisme tibétain de l’exil, en tenant compte du fait que l’influence de l’Inde a évolué au cours de la période considérée ici et que l’Inde est un mot qui recouvre de fait une réalité à plusieurs visages, notamment selon que l’on considère le peuple ou le gouvernement.

  • LNRI/IR : Le second chapitre de votre ouvrage est donc consacré aux Dalaï-Lamas... ceux du passé, et bien sûr l'actuel Dalaï-Lama : quelle est actuellement l'importance d'un tel personnage, mondialement connu ?

ASB : Je dirais que le Dalaï-Lama a aujourd’hui trop de pouvoir et d’importance. Les Tibétains de l’exil, et plus encore les Tibétains du Tibet, comptent plus que jamais sur lui pour trouver une solution – que ce soit une solution de compromis avec les Chinois, dans le cadre du dialogue sino-tibétain, ou une solution dans laquelle les grandes puissances occidentales, à commencer par les Etats-Unis, seraient impliquées.
   Le Dalaï-Lama a toujours été au centre de la vie politique et religieuse du Tibet – même s’il est vrai que certains, comme le Cinquième ou le Treizième, ont joué un rôle plus important que d’autres. Cela n’a donc rien de nouveau, ce qui est nouveau, c’est que le Dalaï-Lama est désormais le leader non plus d’un pays mais d’un gouvernement en exil. Et même s’il peut sembler quelque peu paradoxal que son pouvoir politique et religieux ait été renforcé dans l’exil, tel est pourtant le cas. Le Dalaï-Lama se retrouve en effet avec une responsabilité supplémentaire de taille : sauver le Tibet. Et c’est pour cela qu’il s’est trouvé sous les feux de la rampe, à la fin des années 1980, quand il a eu l’occasion de présenter son plan de paix en cinq points devant le Congrès américain (1987) et quand il a proposé ce que l’on appelle la Proposition de Strasbourg devant le Parlement européen (1988), et, bien sûr quand il s’est vu attribué le Prix Nobel de la paix (1989). L’aura internationale du Dalaï-Lama date donc de la fin des années 1980 et n’a jamais véritablement été remise en cause, d’autant que, depuis, le Dalaï-Lama voyage énormément pour prodiguer ses enseignements aux quatre coins de la planète.

  • LNRI IR : Quel regard personnel portez-vous sur le Dalaï-Lama ? Est-ce son statut officiel ou son charisme personnel qui, selon vous, fait de lui ce qu'il est pour son peuple et sur la scène internationale ?

ASB : Le Dalaï-Lama tire son charisme de l’institution pluriséculaire dont il est le dernier représentant en date, cela est évident. Mais il est également évident que le statut officiel n’est pas tout et ne fait pas tout. C’est au Dalaï-Lama de faire en sorte d’en tirer le plus grand parti possible, et, à cet égard, je pense que l’actuel Dalaï-Lama a véritablement su faire jouer tous les atouts dont il disposait naturellement en tant que Dalaï-Lama. Sa politique de non-violence, qu’il inscrit à la fois dans une tradition gandhienne et dans le prolongement de la philosophie bouddhiste, est également pour quelque chose dans son devenir charismatique, de même, me semble-t-il, que le fait qu’il renonce à l’indépendance du Tibet pour mieux pouvoir dialoguer avec les autorités chinoises et aboutir à une solution de compromis visant à garantir au Tibet plus d’autonomie au sein de la Chine.

  • LNRIIR : L'Inde, cette "terre d'exil" pour le peuple tibétain, est-elle aussi véritablement pour celui-ci une terre d'accueil et d'hospitalité ?

ASB : Le Dalaï-Lama n’a de cesse de remercier l’Inde pour son accueil et son hospitalité. Et ses remerciements sont sincères. Les réfugiés tibétains eux-mêmes, que j’ai interrogés à ce sujet, restent persuadés que l’Inde a véritablement fait tout son possible : l’accueil et l’hospitalité ne sont jamais remis en cause. Et il est vrai que l’Inde a apporté une aide financière et matérielle conséquente aux réfugiés tibétains. Des Etats indiens, comme le Karnataka ou l’Orissa, ont donné des terres sur lesquelles les réfugiés tibétains ont pu établir des camps, qui ont aujourd’hui toute l’apparence de villages. Le gouvernement indien a également soutenu la mise en place d’un système éducatif de qualité pour les réfugiés tibétains. La seule chose que l’Inde ne fait pas, c’est de soutenir les revendications politiques tibétaines : elle n’a pas reconnu le gouvernement tibétain en exil, elle interdit systématiquement toutes les manifestations de réfugiés tibétains, notamment lors de la venue de haut dignitaires chinois, etc… Les réfugiés tibétains, qui en sont parfaitement conscients, comprennent aussi que l’Inde a son propre agenda, notamment dans ses relations avec la Chine.
   Mais, si les réfugiés tibétains sont dans l’ensemble bien accueillis et bien établis en Inde, cela n’empêche pas qu’il y ait des heurts avec les populations indiennes qui habitent non loin des camps de réfugiés tibétains, souvent à cause de disparités économiques. Les réfugiés tibétains bénéficient en effet d’une aide internationale et indienne qui manque parfois à la population indienne – ils sont dès lors plus aisés, ce que leurs voisins indiens ont du mal à accepter, notamment du fait de leur statut de réfugié.

  • LNRI/IR : L'Inde ressent-elle actuellement la "question tibétaine" comme problématique, ne serait-ce que dans ce que cette question implique dans les relations sino-indiennes ?

ASB : La question tibétaine a toujours été une pomme de discorde dans les relations que l’Inde entretient avec la Chine. Cela a été plus particulièrement le cas au début des relations entre les deux pays, soit au moment de l’invasion du Tibet par la Chine en 1950/1951, quand l’Inde a envoyé des télégrammes à la Chine pour marquer sa désapprobation. Cela a été de nouveau le cas avec l’exil du Dalaï-Lama en Inde, en 1959, la Chine voyant d’un très mauvais œil que son voisin accueille un ennemi juré. Et le Tibet s’est de nouveau trouvé au centre des relations sino-indiennes avec la guerre de 1962, car, sans l’invasion préalable du Tibet, l’Inde n’aurait pas partagé cette longue frontière avec la Chine, frontière dont le tracé n’est toujours pas délimité. On pensait que le problème avait été plus ou moins résolu au moment où la Chine a reconnu l’occupation du Sikkim par l’Inde et que dans la foulée l’Inde a reconnu que le Tibet faisait partie intégrante de la Chine.
   Mais la présence de réfugiés tibétains en Inde, ainsi que celle d’un gouvernement tibétain en exil, même non reconnu, posent un problème récurrent dans les relations sino-indiennes. Les heurts restent relativement fréquents, notamment à chaque fois que les forces policières indiennes n’arrivent pas à contenir des manifestants tibétains au moment de visites officielles de Chinois. L’arrivée du Karmapa, le troisième haut dignitaire religieux tibétain, en Inde en 2000 (il s’était enfui de Chine), a également porté un coup aux relations bilatérales entre les deux pays. Mais l’Inde a toujours maintenu la même politique, une politique de profil bas qui vise à apaiser les tensions avec la Chine, en refusant tout soutien politique au mouvement nationaliste tibétain.

  • LNRI/IR : Avez-vous une idée de la manière dont est perçu le peuple tibétain en exil par "l'Indien moyen" ? Et la réciproque ?

ASB : Au début, les Indiens étaient très favorables à la cause du Tibet, ce qui était dû, en partie au moins, à la popularité du Dalaï-Lama en Inde. Mais, avec le temps, l’enthousiasme pour la cause tibétaine est tombé, et ce même s’il existe encore des associations indiennes de soutien pour le Tibet et même si les parlementaires indiens continuent de se mobiliser en faveur des droits de l’homme au Tibet, etc.… Les Indiens ne sont pas devenus hostiles, loin s’en faut, mais ils se rendent aussi compte que la présence d’une diaspora tibétaine en Inde pose problème dans les relations que l’Inde entretient avec la Chine et pensent parfois que l’intérêt de l’Inde passe avant tout dans de bonnes relations, notamment commerciales, avec la Chine. Et ceux qui vivent à proximité des camps de réfugiés tibétains peuvent avoir une attitude différente, soit plus hostile, considérant alors que les réfugiés tibétains prennent le pain de la bouche de leurs voisins indiens, soit plus compatissante, cela varie considérablement d’un camps de réfugiés tibétain à un autre, comme je le montre dans mon livre.
   Les Tibétains, de leur côté, considèrent en général qu’ils sont bien traités par l’Inde, même s’ils regrettent le manque d’investissement politique pour la cause tibétaine.

  • LNRI/IR : Votre étude du sujet vous permet-elle d'anticiper quelque peu sur l'avenir du peuple tibétain en exil et du peuple tibétain en général ?

ASB : Deux questions se posent actuellement pour la communauté tibétaine de l’exil, à savoir : 1) qui va remplacer le Dalaï-Lama ? et 2) quelle sera l’issue du dialogue sino-tibétain ? Le Dalaï-Lama vient d’annoncer (mais ce n’est pas la première fois que cela lui arrive) son retrait de la vie politique. Je pense qu’il est important pour la communauté tibétaine de l’exil qu’elle se prépare à la succession (politique, certes, mais aussi religieuse) du Dalaï-Lama. Il serait évidemment très néfaste que les réfugiés tibétains se retrouvent du jour au lendemain sans leader : ils seraient complètement démunis et ne sauraient pas forcément s’accorder sur la marche à suivre. Le Dalaï-Lama a déjà tenté à plusieurs reprises de parler de sa succession, mais le sujet est tabou dans la petite communauté tibétaine de l’exil. C’est évidemment de plus en plus important et de plus en plus urgent au fur et à mesure que le Dalaï-Lama vieillit. Et le moment est bien choisi : les réfugiés tibétains doivent choisir en mars 2011 le nouveau Kalon Tripa – le Premier ministre du gouvernement tibétain en exil. C’est donc l’occasion ou jamais de mettre sur le devant de la scène une personnalité tibétaine qui va avoir un rôle politique particulièrement important.
   Mais, si je suis relativement confiante quant à la capacité des réfugiés tibétains à parvenir à rester soudés après la disparition de l’actuel Dalaï-Lama, notamment dans la perspective de la démocratisation de la communauté tibétaine de l’exil, avec l’apparition prochaine de nouvelles personnalités tibétaines derrière lesquelles les réfugiés tibétains pourront se regrouper, je suis en revanche beaucoup plus sceptique quant aux chances de succès du dialogue sino-tibétain. Le dialogue a certes repris quelques mois après les événements au Tibet de 2008 – les médias se sont même empressés d’y voir des éléments encourageants vers une résolution prochaine de la question tibétaine –, mais c’est oublier que le dialogue a commencé il y a plus de trente ans ! Il y a eu des hauts et des bas, des interruptions fréquentes, de rares moments d’optimisme, mais après trente ans, nombreux sont les observateurs qui se sont rangés à l’idée que la Chine joue la montre. Avec la disparition du Dalaï-Lama c’est, semble-t-il, tout le problème du Tibet qui va disparaître… 

  • LNRIIR : Avez-vous personnellement d'autres projets autour du même thème ?

ASB : Mon nouveau projet de recherche porte sur une comparaison des différents groupes de réfugiés qui vivent en Inde, à savoir, les Tibétains, bien sûr, mais également les Afghans, les Birmans, les Bangladais, les Bhoutanais, les Sri Lankais et les Népalais. J’aimerais essayer de comprendre les raisons qui poussent l’Inde à adopter des politiques différentes envers différents groupes de réfugiés qui vivent sur son territoire. Il s’agit donc de replacer le cas des réfugiés tibétains dans une perspective comparatiste.

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