Notre équipeContactBONUS





 

ACCUEILDernier numéroAnciens numérosActualitéForumLiensPartenaires

L'Ayurvéda dans le Râmâyana

Par Kiran Vyas

   Précurseur de l’ayurvéda en Europe, Kiran Vyas crée à Paris, en 1983, un centre de yoga et d’ayurvéda : Tapovan. Conférencier et auteur de nombreux ouvrages, il est une référence de l’ayurvéda en France. Il nous présente ici une autre facette de Vâlmîki qui, il y a 4000 ans, nous sensibilisait déjà à la connaissance des plantes et de leurs propriétés.

     L’Inde, ce grand pays des rishis, des sages, des visionnaires, a une grande influence sur de nombreux pays – depuis l’Indonésie jusqu’à l’Iran – que ce soit sur le plan culturel, architectural, médical ou scientifique.

   Les Védas, les Upanishads, les Puranas, et ces grandes épopées que sont le Râmâyana et le Mahâbhârata, ont très fortement contribué à construire les piliers du savoir du monde entier car ils contiennent de vraies connaissances.

 

D’une part, on y trouve de nobles pensées et des concepts spirituels, et, d’autre part, des conseils de bien-être et de santé pour la vie quotidienne où chaque phrase, chaque mot est un trésor en soi.

   Ainsi, dans la médecine ayurvédique, nous avons ces deux grands traités :

• La Triade Majeure (ou Triade des Anciens) constituée de Charaka, ou Caraka Samhita (400 à 200 avant J.-C.), la Sushruta Samhita (600 av. J.-C.) et Ashtanga Hrydayam de Vagbhata (Ve siècle).

• La Triade Mineure qui est plus récente (800 avant J.-C. à 100 après). Cette dernière rassemble elle-même trois écrits : Kashyapa, traitant essentiellement de la maternité et de la petite enfance ; Sharangdhara, abordant particulièrement les plantes, les formules pharmaceutiques et les préparations ; et enfin Madhava Nidana, abordant les causes des maladies, les symptômes, les complications.

 

   Il est particulièrement intéressant de constater que le Râmâyana renferme des connaissances sur les plantes, le savoir-faire associé, ainsi que les recettes détaillées correspondantes.

   Lors de l’épisode de la guerre au Sri Lanka, Lakshmana, le frère de Râma, blessé, tombe dans le coma, et se meurt. Le grand vaidya Sushena (le médecin) du Sri Lanka, recommandé par Vibhishana1, déclare que son état est grave et que la plante sanjivani doit être apportée au plus tôt, faute de quoi Lakshmana risque de mourir.

   Même Râma, incarnation de Vishnou, est inquiet, mais le brave Hanuman, dieu-singe, se propose d’aller chercher la plante sanjivani sur le continent indien.

   Cette plante pousse dans les monts Nilgiri, au sud de l’Inde. Maintes recommandations sont faites, et de nombreuses explications lui sont données, avec force détails, pour l’aider à la trouver : la plante, par exemple, aime la lumière des rayons de lune quand ceux-ci tombent sur son feuillage ; on lui indique aussi la direction à suivre, les lieux de prédilection de la plante, le moment propice pour la trouver, la cueillir, etc.

   Fort de tous ces renseignements, Hanuman bondit jusqu’à l’endroit où elle pousse. L’histoire raconte alors qu’il ne se souvient plus de quelle plante il s’agit, ni des différentes indications à suivre. Et le temps passe ! Chaque minute compte ! Il arrache donc la montagne tout entière et, par un grand saut, la rapporte d’une seule main au Sri Lanka pour sauver la vie de Lakshmana.

   L’histoire du dieu Hanuman nous enseigne deux choses :

• La première, c’est sa confiance et sa foi absolues en Râma, c’est-à-dire dans le Divin. C’est le surrender (soumission totale au Divin). Il n’a jamais eu le moindre doute, ni aucune question. Selon l’ayurvéda, c’est là une grande source d’énergie. Encore aujourd’hui, Rama rakshaka stotra est repris par beaucoup de personnes pour soigner les maladies. C’est pour ainsi dire la thérapie-mantra utilisée pour les maladies graves et inguérissables (dites maladies karmiques, car elles proviennent du karma de la personne).

• Deuxième petite leçon observée dans les quelques temples dédiés au dieu Hanuman en Inde : Hanuman est le fils de Vayu, et de l’huile est versée sur la statue d’Hanuman pour lui plaire et le prier. C’est là une indication directe que tous les médecins et vaidyas de l’ayurvéda connaissent bien : tous les problèmes de vata ou de vayu peuvent être soignés par l’utilisation d’huile (80 % des maladies sont dues à des problèmes de vata).

   Cependant, l’histoire telle qu’elle est racontée au grand peuple hindou est la suivante : la déesse Sîtâ se mettant de l’huile sur les cheveux, Hanuman lui en demande la raison. Sîtâ répond que c’est pour plaire à son mari, Râma. Quelques minutes plus tard, Hanuman met de l’huile sur tout son corps (la même histoire se répète donc : pour calmer vata, on utilise de l’huile).

 

   Par ailleurs, un peu plus tard dans le Râmâyana, la reine Sîtâ est retenue prisonnière dans Ashoka Vatika, jardin botanique où pousse une très grande variété d’arbres et de plantes.

   Le nom même d’Ashoka est significatif : shoka signifie la tristesse et ashoka signifie l’état de non-tristesse. Or, Sîtâ doit demeurer sous l’arbre ashoka, sous lequel toute tristesse, tout malheur tendent à disparaître. Ce faisant, elle recouvre l’espoir.

   De nos jours, dans la médecine ayurvédique, pour toutes les maladies féminines, cet arbre ashoka possède des vertus exceptionnelles ! Par exemple, ashokarishta, médicament alcoolisé à base d’ashoka, constitue un excellent élixir pour tous les problèmes tels que : les règles douloureuses, la ménopause et la pré-ménopause.

   Dans ce même parc, pousse également l’arbre arjuna, dont l’écorce est un excellent médicament pour tous les problèmes cardiaques.

   Plus généralement, au fil de la légende, quand Râma et Lakshmana vivent dans la forêt, de nombreuses plantes et arbres sont décrits, ainsi que tout ce qui concerne la construction de leur hutte, le chaume du toit, etc. Tout semble avoir été étudié du point de vue de l’ayurvéda, pour être expérimenté, pour améliorer la santé, pour vivre d’une façon plus heureuse et sereine, en tenant compte de chaque organe et de chaque partie du corps.

 

   L’influence du Râmâyana s’est répandue jusqu’en Indonésie, de Java à Sumatra. Si cette histoire est très intéressante à étudier dans sa complexité, la leçon donnée par la vision de l’ayurvéda n’en reste pas moins d’une extrême simplicité : cette science médicale nous enseigne qu’il est possible de vivre une haute vie spirituelle, tout en conservant une parfaite santé physique, mentale et psychique.


© Photo Sven Ulsa


1 Petit frère de Ravana, cependant dévoué cœur, corps et âme, à Râma. (Retour au texte)

© Kiran Vyas 2011

 


Le site de La Nouvelle Revue de l'Inde est une création Scarabée