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La fondation de l'ashram de Sri Aurobindo 

Par Sunayana Panda

     Sri Aurobindo n’est pas venu à Pondichéry avec l’intention de fonder un ashram mais guidé par les besoins de sa discipline intérieure afin de pouvoir poursuivre sa vie spirituelle avec une intensité qui n’était guère possible au milieu de sa vie politique. Quatre jeunes compagnons l’avaient suivi et s’occupaient de lui. Ils menaient une vie clandestine, incognito, car la police britannique était sur leurs traces.

Ce petit groupe de cinq vivait de peu, ou survivait plutôt, avec de l’argent reçu de soutiens ou d’amis politiques. Petit à petit leur nombre s’est accru. Alors que Sri Aurobindo restait profondément absorbé dans le développement de sa vie intérieure, les autres vivaient la vie désœuvrée et faite d’attente des réfugiés. Tous pensaient qu’ils reviendraient à Calcutta le temps venu, une fois que Sri Aurobindo aurait atteint les buts qu’il s’était fixés dans sa quête spirituelle.

La première année de son séjour pondichérien vit l’arrivée de Paul Richard, avocat mais aussi chercheur spirituel, qui fut mené à Sri Aurobindo après avoir exprimé le souhait de rencontrer un yogi. Il en sortit progressivement une collaboration active, qui se concrétisa lorsque Paul Richard revint à Pondichéry en compagnie de Mirra son épouse, (qui deviendrait plus tard la Mère de l’ashram), elle-même animée d’une quête spirituelle. Les trois se mirent au travail et lancèrent une revue mensuelle, Arya, qui devint le véhicule de la pensée et la philosophie de Sri Aurobindo. Paul Richard et Mirra repartirent pour la France après un an, suite au déclenchement de la première guerre mondiale.

En 1920, ils revinrent à Pondichéry après un séjour de plusieurs années au Japon. A la fin de l’année, Paul Richard rentra en France et la Mère se joignit au petit groupe qui s’occupait de Sri Aurobindo. Le groupe alors commençait à changer. Jusque-là, les jeunes gens de Calcutta qui l’avait rejoint le considéraient encore comme un combattant de l’indépendance et savaient qu’il s’était engagé sur le chemin d’une réalisation spirituelle ; mais avec l’arrivée de la Mère, ce groupe commença à participer aux méditations et aux discussions sur la vie intérieure avec Sri Aurobindo, qui devint de plus en plus un maître spirituel parce qu’elle le considérait comme tel.

Le groupe restait informel, d’autres personnes passaient pour de brefs séjours, surtout du Gujerat et du Bengale où Sri Aurobindo avait vécu et où il était connu. La Mère restait à l’arrière-plan et veillait à l’organisation matérielle de la maisonnée. En 1922, une demeure fut achetée permettant ainsi de créer une base matérielle permanente où Sri Aurobindo et ses disciples pourraient vivre et poursuivre leur travail intérieur. Son entourage l’admirait, le suivait, rien ne leur était imposé. Mais il devint clair que Sri Aurobindo n’avait plus l’intention de retourner à Calcutta et que sa vie politique était derrière lui.

En novembre 1926, il obtint une réalisation spirituelle importante qui le conduisit à se retirer de tout contact avec l’extérieur. C’est alors que l’ashram fut officiellement constitué autour d’un objectif de développement spirituel et de pratique du yoga intégral. La Mère reçut la responsabilité de guider les disciples, sur les plans matériels et spirituels, et elle commença à établir quelques règles.

A partir de 1927, les disciples devaient suivre une discipline quotidienne stricte et le groupe se mit à changer peu à peu. Ceux qui avaient suivi le leader révolutionnaire s’en allèrent ou adoptèrent ce nouveau mode de vie. Quelques-uns vinrent avec leurs femmes, quoique vivant séparément. C’est ainsi que les premières femmes arrivèrent à l’ashram. C’est à cette époque que Sri Aurobindo et la Mère prirent la responsabilité financière de ceux qui les avaient rejoints. Il y avait un flot constant de gens qui venaient passer quelques semaines ou quelques mois, mais ils étaient aussi tenus de suivre les règles de l’ashram. La Mère et Sri Aurobindo sélectionnaient avec soin les membres permanents de cette petite communauté. Seuls les chercheurs les plus sérieux et ceux qui s’étaient déjà préparés étaient acceptés.

Tant que le groupe restait perçu comme constitué de révolutionnaires, réfugiés dans l’Inde française mais prêts à reprendre du service le moment venu, leurs amis et soutiens étaient disposés à leur donner une assistance financière. Mais quand il apparut qu’il se concentrerait dorénavant sur la vie spirituelle, cette aide s’interrompit. La Mère et Sri Aurobindo durent trouver les moyens d’une indépendance matérielle. On trouva de nouveaux soutiens parmi les admirateurs et les disciples extérieurs, et quelques activités commerciales démarrèrent afin de ne pas dépendre de ces dons. En même temps, chaque membre de la communauté se vit attribuer un travail, lequel était une partie importante du yoga tel que la mère l’envisageait. Cela permettait en outre de créer les services de base nécessaire pour atteindre l’autosuffisance.

L’ashram débuta de manière très organique, au fur et à mesure des décisions prises en fonction des besoins. La transition entre un groupe de fugitifs révolutionnaires et une communauté de chercheurs spirituels s’est faite graduellement. La population locale continuait à voir l’ashram d’un œil suspicieux, la communauté n’étant ni une religion ni une œuvre de charité, et l’ashram dut faire face à beaucoup d’hostilité au cours des premières décennies.

Après l’indépendance de l’Inde, et après que les œuvres de Sri Aurobindo fussent publiées, l’ashram acquit une renommée dans le monde entier. Durant la seconde guerre mondiale, avec l’arrivée des enfants et l’ouverture de l’école, son organisation subit un changement considérable, pour devenir un organisme plus complexe, un lieu de développement intégral et de progrès conscients.

© La Nouvelle Revue de l'Inde, 2016

 


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