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Confessions amoureuses de femmes tamoules

Par Mélanie Vijayaratnam

   Dans le cadre de sa thèse en psychologie « Un sari rouge en héritage », Mélanie a rencontré des jeunes femmes tamoules nées en France. Elle partage ici leurs confessions de manière anonyme (les prénoms ont été modifiés).

   Suveetha - « Le mariage arrangé n’est pas ma tasse de thé »

   Suveetha se décrit comme mariée et amoureuse. Il fut difficile pour la jeune femme d’assumer sa relation au départ car  ses parents lui avaient réservé un mariage arrangé avec un cousin éloigné de la famille. Cette démarche n’a pas abouti « ce n’est pas ma tasse de thé ».
   Pour autant, l’origine et la religion de l’homme qu’elle épouserait sont importantes aux yeux de la jeune femme « mes parents ne parlent pas bien le français donc je ne veux pas qu’il y ait un manque de communication entre mon mari et mes parents ». Elle reconnait qu’un fossé se creuserait si elle avait épousait un « étranger ». Son amoureux, elle l’a « choisi » selon certains critères : il est Sri Lankais et hindouiste comme elle. Malgré cela, Suveetha a attendu plusieurs années avant d’annoncer à sa mère puis surtout à son père qu’elle souhaiterait leur consentement pour se marier avec ce jeune homme. L’annonce fut éprouvante, sa mère avec qui elle entretient un fort lien fut sa complice « je ne lui cache rien » et l’a aidée à préparer un « speech » pour que son père soit favorable à la relation. Il était important pour la jeune femme d’avoir le consentement de ses parents « le mariage représente l’union de deux familles ». Elle craignait leur réaction concernant l’incompatibilité des castes  « mon conjoint est d’une caste plus élevée que moi ». La négociation à travers le fait d’avoir fini ses études et le fait que le futur gendre soit Tamoul Sri Lankais et hindouiste comme elle a favorisé l’acceptation de cette minime transgression.

Kausalya -  «Mes parents ne m’ont jamais interdit de tomber amoureuse »


  
Kausalya a 21 ans. Elle confie que ses parents ne lui ont jamais interdit de tomber amoureuse. Ses parents d’ailleurs ont eux-mêmes fait un mariage d’amour, un mariage non transgressif toutefois car il s’est avéré par la suite qu’ils sont tous deux issus de la même caste. Kausalya pense donc que ses parents auraient accepté ses choix amoureux. Elle et son frère ont d’ailleurs eu des petits-amis de nombreuses années, des relations que les parents ont acceptées mais maintenant qu’ils ont mis fin à leurs amourettes, tous deux ne s’opposent pas au mariage arrangé. Kausalya s’est d’ailleurs mariée il y a un an. La jeune femme précise ainsi d’emblée les circonstances de ce mariage : « c’est important pour moi de dire que j’ai fait un mariage arrangé ». La jeunesse revient beaucoup dans son récit «je me suis mariée jeune, c’est différent que de se marier à 25 ans » : son père est tombé gravement malade « c’est la tradition : les parents vont chercher à protéger leurs enfants ».

Ainsi, les parents de la jeune femme ne voulaient pas que Kausalya se retrouve toute seule, sans protection masculine. Ils lui ont proposé un mariage arrangé, elle était d’accord. Mariage arrangé oui, mais Kausalya apprécie grandement la liberté qui leur a été donnée à elle et son mari de pouvoir se connaître avant de s’engager. Aujourd’hui amoureuse de son mari, Kausalya valorise cette stratégie d’alliance arrangée « ce n’est pas pire que le mariage d’amour, en fait je crois que c’est même mieux car tu connais tout d’avance, tu idéalises moins ».

Deepika – « Mes parents sont à fond dans la culture tamoule »

   Deepika a 21 ans. Elle est en couple mais ses parents ne le savent pas. C’est un « français » ajoute t-elle. Elle n’est pas pour la pratique du mariage arrangé « je pense que ce genre de pensée doit rester dans le monde Indien ». Elle considère que le mariage arrangé et la migration ne vont pas de pair « il faut s’adapter ». Chez Deepika, la pratique du mariage arrangé est rare « personne ne l’a fait et heureusement ». Si l’origine de la personne qu’elle épousera est importante, la jeune femme ne prête pas attention à la religion, elle-même étant non-religieuse. Ainsi, l’avis des parents est importante mais Deepika ne s’y conformera pas les yeux fermés.

Deepika redoute l’annonce de sa relation amoureuse à ses parents. Mais elle s’avère tout de même confiante car plusieurs personnes ont fait un mariage mixte avant elle. Puis, « ramener quelqu’un de bien, d’un bon caractère, d’une bonne situation » pourra combler cette différence d’origine et de religion.

Praveena - « A 29 ans, je ne suis pas mariée. Ce n’est pas normal ! »

   Praveena a 29 ans, elle est célibataire. Elle confie chercher quelqu’un qui lui « correspondrait » et insiste sur « un homme sri lankais, hindouiste de préférence », une manière détournée de dire qu’elle n’est pas contre le mariage arrangé. Le mariage arrangé, un terme qui déstabilise « je ne suis pas trop pour » et qui nécessite l’argumentation « après mariage arrangé ça veut pas dire qu’il n’y a pas d’amour, j’ai beaucoup d’amies qui sont tombées amoureuses pendant la phase de rencontre justement ». C’est une voie qu’elle a choisie car elle n’a trouvé personne d’elle-même. « C’est important pour moi de faire la distinction entre fille et femme. A 29 ans je ne suis pas mariée, ce n’est pas normal quoi », pas normal surtout aux yeux de la communauté qui exerce des pressions sur la jeune femme. Cette voie mal-assumée qu’est le mariage arrangé, Praveena y croit pourtant dur comme fer : elle a même entamé un jeûne sur les conseils d’un prêtre hindouiste qu’elle est allée voir d’elle-même, pour attirer le positif sur elle et pour que les astres se positionnent en sa faveur. Elle regrette cependant que ses parents soient trop rigides en rejetant trop rapidement certains prétendants du fait d’une simple incompatibilité des horoscopes. Elle aurait en effet aimé en connaître certains davantage, en vain.
   Le mariage est-ce important pour Praveena ? Elle affirme : « on n’est pas nées pour se marier, après ce n’est pas la mort non plus si on ne se marie pas ». Une manière détournée de nous dire qu’il est inconcevable pour elle de ne pas se marier ?

Lavy  - « C’est un mariage arrangé mais qui me plaît »

   Lavy a 21 ans et se décrit comme « quelqu’un qui respecte énormément les traditions indiennes ». La jeune femme est « entièrement d’accord » avec la pratique du mariage arrangé des mondes Indiens : elle est persuadée que ses parents lui ont choisi un garçon « 10 fois mieux » qu’une précédente amourette. Pour elle, la position des parents est centrale dans le mariage « ils nous connaissent depuis tout petit, en choisissant ils ne veulent que notre bien », Lavy leur fait confiance, elle n’a jamais été déçue de leurs choix. L’étayage familial est protecteur « il y aura deux familles plutôt que deux personnes, on a plus de chance d’être heureux ». La ressemblance est également rassurante et permet de perpétuer la culture d’origine et les pratiques religieuses, ce qui aura tendance à rapprocher les deux jeunes gens « il est musulman comme moi donc on fêtera les fêtes religieuses, on mangera les aliments halal, on jeunera tous les deux ». Les jeunes gens prévoient de se marier en Inde.
   Dans la famille de Lavy, le mariage d’amour s’oppose au mariage arrangé, ceux qui ont opté pour la première option sont mis de côté et non respectées par la famille et la société. Lavy emploi des termes très forts lorsque je la questionne sur la réaction qu’auraient eue ses parents si elle épousait un homme d’une autre origine et/ou d’une autre religion « ils m’auraient frappée, ma mère se serait suicidée ».

Sayami – « Il arrive de me dire que je suis perdue »

   Sayami est une jeune femme de 24 ans, en couple « et donc amoureuse » excluant ainsi d’emblée la possibilité d’une relation arrangée. Elle n’est pas contre le mariage arrangé « si ça reste un vrai mariage arrangé et non forcé » mais ne pense pas que ce type de mariage puisse lui convenir car cela lui pose problème. Sayami se montre méfiante « on peut se retrouver face à une famille qui nous cache plein d’informations ».
   Les grands-parents de Sayami ont fait un mariage arrangé, ses parents se sont aimés avant de se marier, une transgression qui n’a pas plu aux ainés. Puis, Sayami confie que sa sœur aînée est mariée depuis 2 ans à l’homme qu’elle a choisie elle-même : un indien chrétien (eux sont hindouistes). Elle associe de manière surprenante sur ce mariage : « cette année a été la pire de notre vie ». Sayami ignore si elle pourra éviter de se conformer aux désirs de ses parents qui accordent beaucoup d’importance à l’origine et la religion. Elle voit un espoir car sa sœur a osé transgresser les attentes parentales. Cette question du mariage lui pose vraiment problème « je me dis que si j’avais été française, je serai déjà installée avec mon copain et probablement mariée ».

Nisha – « Je suis une exception à la culture indienne »

   Nisha est une jeune femme de 29 ans née au Sri Lanka de nationalité française. Elle se décrit « amoureuse, en couple et bientôt mariée » mais ses parents « ne sont pas au courant ». Elle refuse catégoriquement le mariage arrangé « c’est du grand n’importe quoi ». Elle relie cette pratique à la compatibilité de caste et de religion « malheureusement nous avons encore des parents qui sont encore dans les anciennes mentalités ». Pourtant, Nisha confie qu’elle a une attirance particulière pour les hommes Sri lankais, pour elle l’origine de la personne qu’elle épousera est importante. La religion et la caste, en revanche non. Evoquer le mariage la fait associer sur des désaccords entre elle et ses parents « ils ne sont jamais d’accord avec mon opinion » Le mariage, les études, le travail sont des domaines sensibles entre elle et ses parents.
   Les interdits imposés par les parents sont nombreux mais progressivement, Nisha les confronte « même si ça les dérange ». Pourtant, impossible pour elle de concevoir ce mariage sans eux et sa famille élargie.

Uma – « Je veux un vrai mariage Bollywood avec un gros budget »

   Uma est âgée de 27 ans. Elle est en couple mais ne l’a pas encore annoncé à ses parents « j’attends d’être sûre ». Pour elle, l’annonce est synonyme de préparatifs de mariage. Cette rencontre avec son compagnon, Pierre, s’est faite par hasard. Uma se demande si elle n’aurait pas suivi le modèle parental si elle n’était en couple aujourd’hui.
   Uma considère que le mariage arrangé est de l’histoire ancienne. Pourtant, elle reconnaît que les mariages arrangés dans sa famille, qui sont nombreux, « fonctionnent à merveille ».  Si l’origine de la personne avec qui elle se mariera ne lui importe pas, Uma tient à ce que son mari ait la foi et partage la même religion. Elle est persuadée que ses parents seraient déçus de son choix, « ils me laisseront faire mais ne valideront jamais ».

 © La Nouvelle Revue de l'Inde - 2020

 


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